Située au sommet de la côte de Brunas, sur le Causse du Larzac, juste en dessous de la plate-forme aménagée servant d’aire de vision, une baume fermée par une muraille attire l’attention.

Les connaisseurs des lieux lui ont donné le nom de « Baume bâtie du Cap de Coste » ou « l’abri de Roque de Prix ». La tradition orale rapporte que cet abri aurait servi de retraite pour un ermite.

Approchons-nous de ces ruines qui dominent la falaise. Il s’agit d’une baume à deux fenêtres et au mur doublé. La présence de chaux (visible à même le mur) nous laisse à penser qu’il s’agirait d’une construction médiévale.

Son aspect dominant, sa situation et son agencement confirment que cette baume servait d’habitat humain, et n’était nullement destinée aux animaux. Avec le temps, l’avancée de la roche qui sert d’auvent naturel s’est en partie effondrée sur le côté droit divisant la cellule.

Quel était l’ermite qui vivait en ces lieux ? Le seul détail connu le concernant est qu’il s’était rendu à l’enterrement de Raymond VII…

La réponse se trouve dans « L’Histoire générale du Languedoc » (1843) de Claude de Vic et Joseph Vaissette : « Quittant Aygues-Mortes après le 26 août 1249, Raymond VII se rendit à Milhau en Rouergue, où il fut attaqué de la fièvre. Elle ne l’empêcha pas de continuer son chemin, et voyant qu’il y avait du danger, il mit ordre aux affaires de sa conscience. Il se confessa à un fameux solitaire ou ermite du pays, nommé frère Guillaume Albaronier ».

Alain Vernhet ajoute : « C’est à Saint Martin de Pris, dépendant du monastère de Conques que Raymond VII aurait préparé son testament et reçu les plus hauts dignitaires de son comté, avant de retourner mourir à Millau le 27 septembre 1249 » (coupure de presse sans date (sans doute 1981), intitulé « Le dernier des comtes de Toulouse à Saint Martin de Pris ? »)

Guillaume Albaronier devait être un personnage illustre. On l’évoque lors d’une étude publiée en 1845 dans le tome V des Mémoires de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron (Mort de Raymond VII, par M. P.-F., Cabantous, avocat).

Bernard Maury dans une étude récente donne ces infos complémentaires quand Raymond VII était mourant à Millau (23 sept 1249) :

« Autour de la litière, coiffés de leurs mitres dorées et enveloppés dans leurs somptueuses chapes, se pressent les évêques de Toulouse, d’Agen, de Cahors, de Rodez et d’Albi. Le luxe ostentatoire étalé par ces fastueux successeurs des apôtres laisse les Millavois indifférents. Par contre, ils observent avec admiration et respect le personnage à barbe blanche, vêtu d’une simple robe de bure, assis dans la litière auprès de Raymond VII, pâle et défiguré par la maladie. En effet, ils ont reconnu l’ermite Guillaume Albaronier, véritable paragon de vertu, de sainteté et de charité que le comte de Toulouse est venu consulter à Saint Martin de Pris. » (Mort de Raymond VII comte de Toulouse, à Millau, revue Causses et Cévennes, n°4, 2018).

Albaronier aurait dit à Raymond VII mourant : « Oraisons et repentance ouvrent l’huis du Paradis ».

Marc Parguel