Millau. « Le monde d’après »

(photo : Philippe Donnaes)

C’était un petit coin de paradis. Un petit coin de paradis au bord de la Dourbie. Quelques tables à demeure. Le bruissement de l’eau sur les galets. Le frémissement des arbres qui palpitaient au rythme des ondulations du vent.

Un petit coin de paradis perdu à quelques centaines de mètres du béton prétentieux surchauffé de la Capelle. Un petit coin de paradis qui respirait la paix, le silence et l’harmonie.

J’y allais souvent tendre ma slackline. Après avoir pris soin de protéger le tronc des amis immobiles qui m’accueillaient sur leur domaine. Je sentais les battements de leur cœur végétal parcourir la sangle synthétique, vibrer le long de mes jambes, puis remonter tout mon corps jusqu’au bout des doigts. Instant magique de communion non verbale.
Connexion intemporelle entre tout et rien. J’ai même entendu leurs encouragements muets, ce fameux jour où je parvins à déambuler sur toute la longueur du fil d’Ariane aérien.

J’y suis repassé hier. J’avais lu que le petit coin de paradis était désormais inaccessible et condamné. Cédé pour une poignée d’euros de location au camping mitoyen. Et transformé en parking. Beaucoup de tristesse et de mélancolie suintaient du terrain où, effectivement, s’entassent désormais des tôles rutilantes et déshumanisées, parfait symbole de notre monde sans âme.

Etre ou paraître… J’ai eu la brève sensation d’être au parloir, de ne pouvoir étreindre mes amis qui me saluaient de l’autre côté de la clôture métallique. Mais qui est le prisonnier ?

Philippe Donnaes

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