Les Bouteillettes (commune de Saint-André-de-Vézines, Causse Noir)

Le domaine des Bouteillettes autrefois appelé « Las Boteillas » (mai 1274) est situé à 850 mètres d’altitude, à 3 km à l’est de Saint-André de Vézines. D’où peut bien provenir le nom  de cette ferme ? Certains voient dans le terme « Les Bouteillettes » (Las Bouteillettes (1747), Las Bouteilhetes (1758)), un atelier de fabrication et de commerce d’outres ou de cruchons (de bouteiller, boutillier). Cela est fort probable, car dans les environs, de nombreuses industries telles que « les verreries » sont attestées… Le domaine d’une superficie de 250 hectares est situé sur le passage du chemin muletier La Roque Sainte Marguerite- Meyrueis.

Extrait du cadastre (3 juin 1840).

En 1731, deux maisons étaient habitées (statistique paroissiale). Au temps de sa prospérité en 1868, on comptait 10 habitants derrière ses murs. En 1676, Pierre Ducros achète les Bouteillettes (il est dit du lieu del Rey en Cévennes). Auparavant, cette propriété était aux Julien. Le compois de 1666 nous l’indique : Jean Julien de Riesse paye 16 livres 4 sols, ils partageait ses terres avec 5 autres contribuables dont Antoine Biau de Veirant qui payait 12 sols, Jean Roussel 3 s. 1 denier., Fulcrand Forgues de la Roque 1s, 2 d… En 1676 soit 10 ans après le compois, comme nous l’avons dit c’est M.Pierre Ducros qui acheta les Bouteillettes, la famille Julien venaient de voir tous ses biens saisis. La femme de Jean Julien, prénommée Marie Arnal dut vendre la ferme, car venant de perdre son mari, elle n’avait pas assez d’argent pour continuer l’entreprise. Mais on apprend par les registres paroissiaux qu’elle prit sa revanche et pu habiter de nouveau à la ferme des Bouteillettes, car veuve, elle se maria avec le nouveau propriétaire Pierre Ducros. Durant plus de 230 ans, la famille Ducros restera propriétaire de la ferme. Parmi les anecdotes concernant cette famille, citons celle de 1804 en pleine période napoléonienne, la famille déclara la naissance le 4 décembre de Pierre Jean Napoléon Ducros des Bouteillettes. En 1808, Pierre Jean Ducros déclare 206 francs d’imposition foncière. Le dernier de la famille Placide Ducros quittera les Bouteillettes en 1909. Ce fut ensuite la famille Ladet qui s’installa à la ferme. La famille Ladet était une famille riche du causse Noir qui possédait aussi Brunas, et diverses habitations dont une à Vessac, une à Saint-André et une à Costeplane, dans la côte qui descend vers la Roque Sainte Marguerite. La famille Gély, ancienne famille caussenarde fut autant présente que la famille Ladet et habita la ferme à peu près dès la même époque. Comme tout autre domaine, « Les Bouteillettes » eurent à subir bien des avaries :

« Le 1er juin 1876 vers les cinq heures du soir, la grêle est tombée sur la paroisse de Saint-André. Dans la direction de Roquesaltes, aux Bouteillettes, les blés qui se sont trouvés sur une zone de deux kilomètres environ ont été à peu près tous emportés, tandis que le reste de la paroisse n’a que peu souffert. On a mesuré un grêlon de forme ovale qui avait 4 centimètres de diamètre. » (Livre de Paroisse de Saint-André de Vézines)

Tableau représentant le domaine (vers 1940).

1943 : Incendie. « On nous signale qu’un incendie a détruit, au domaine des Bouteillettes, appartenant à M.Gély, une grange dans laquelle se trouvaient outre une provision de fourrage, deux chevaux et une paire de bœufs. On croit que l’incendie est dû à l’imprudence de quelque passant » (Messager de Millau, 2 janvier 1943).

Durant le mois d’avril 1971 a éclaté un orage très violent, avec vent. La foudre est tombée sur la salle de traite des Bouteillettes qui avait été installée en 1968. Enfin en 1980, dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 septembre, un orage très violent frappa le Causse Noir suivi d’un déluge. Des avens se sont ouverts un peu partout, souvent en plein champ : des agriculteurs passaient régulièrement en tracteurs sur ces gouffres ignorés, depuis des années… Les plus grands trous qui ont été mis à jour par les eaux sont ceux recensés aux Bouteillettes ou à la Cadenède en plein champs. M. Gély propriétaire aux Bouteillettes demanda à la suite de cette mésaventure qu’on lui remette en état au plus vite son champ. Chose bien difficile…

Vue aérienne des Bouteillettes (en 1948) Fonds Lapie, archives départementales de l’Aveyron.

La revue « lou Caussé Nègre, numéro 12 été 1979 » nous apprend qu’ « en 1948, il y avait encore 2 paires de bœufs, 2 chevaux, et un troupeau de 140 brebis laitières. Les animaux de trait ont disparu aujourd’hui, mais le troupeau est plus important : 220 brebis laitières, auxquelles s’ajoutent les agnelles ».

En 1969 fut entrepris le goudronnage de la route qui mène à Navas par les Bouteillettes. Avec leurs voisins de Navas et de Sarraliès, les propriétaires s’équipèrent, en 1978 dans le cadre d’une Coopérative d’Utilisation en commun du Matériel Agricole (CUMA) d’un tracteur de 120 CV, un broyeur de pierres (concasseur), chasse-neige, La famille Gély habite toujours cette ferme.

Marc Parguel