Patrimoine millavois : Quelques condamnations à Millau au XIXe siècle

Au milieu du XIXe siècle, le journal « l’Echo de la Dourbie » relatait chaque semaine les affaires du tribunal de Police de Millau. Le commissaire Fontaine faisait état des personnes prises en flagrant délit d’effraction, et l’amende infligée était parfois très lourde. En lisant ces effractions de nos jours, on ne peut que sourire, car il s’agit de véritables perles pour la plupart.

La circulation routière

Déjà à cette époque, les conducteurs appelés « rouliers » faisaient parler d’eux :

Le sieur Raumier, roulier est condamné à six francs d’amende et un jour de prison pour avoir été trouvé monté sur sa voiture et hors de position de pouvoir guider ses chevaux (29 juillet 1854).

La conduite était très réglementée et même la nuit, la police veillait à l’ordre : « Les sieurs Marquès et Compans, voituriers, condamnés chacun à 1 franc d’amende pour voitures laissées la nuit sur la voie publique, le sieur Sahuges, voiturier, à 6 francs d’amende et un jour de prison, pour avoir été trouvé endormi sur sa voiture (9 septembre 1854), Pierre Unal pour s’être endormi sur sa charrette au lieu de diriger les chevaux (20 juin 1857).
« Delouvrier, roulier, condamné à 2 francs d’amende, pour avoir laissé la nuit, sa voiture sur la voie publique. » (15 juillet 1854) « Les sieurs Puech roulier, Espinasse roulier, et Achalme roulier, condamnés chacun à 6 francs d’amende et un jour de prison, pour avoir été trouvés montés sur leur voiture et hors de position de pouvoir guider les chevaux. Les sieurs Durand, Guillaumenq, Bonhaire, rouliers, condamnés chacun à 1 franc d’amende, pour voitures laissées sur la voie publique sans nécessité… » (22 juillet 1854)

« Le sieur Déjean, voiturier, à 1 franc d’amende pour avoir abandonné ses chevaux. Le sieur Ricard, meunier, condamné à 6 francs d’amende, pour défaut de plaque de sa voiture. » (16 septembre 1854).

Et gare aux excès de vitesse : « Le tribunal de simple police de Millau, a condamné à son audience du 10 mai courant, les sieurs Roland et Lafon, à huit francs d’amende chacun, pour avoir contrevenu à la police de la voirie, en conduisant trop rapidement des chevaux sur les boulevards de la ville » (12 mai 1844). « Le tribunal de simple police de Millau a condamné à son audience du 10 mai courant, les sieurs Roland et Lafon, à huit francs d’amende chacun, pour avoir contrevenu à la police de la voirie, en conduisant trop rapidement des chevaux sur les boulevards de la ville » (12 mai 1854).

Le Mandarous en 1900.

Sur la voie publique

Dans la rue aussi, il fallait éviter de semer le désordre et gare si une bête vous échappait :

« Le sieur Hugon, marchand de bois, à 1 franc d’amende pour avoir laissé divaguer son porc sur la voie publique (29 juillet 1854) , « Le sieur Aldebert, neveu, tanneur, à 6 francs d’amende pour avoir laissé galoper ses chevaux sur les boulevards, la dame Laurens, propriétaire, à 1 franc d’amende, pour dépôt d’ordures sur la voie publique et avoir lavé dans le bassin d’une fontaine. Mme Julie, supérieure du couvent de Notre Dame, à 1 franc d’amende pour dépôt de matériaux sur la voie publique. (12 août 1854). « Le sieur Aribaud, à 6 francs d’amende, pour avoir fait galoper son cheval dans l’intérieur de la ville. Les sieurs Carrière et Roudil, tanneurs, à 1 franc d’amende pour avoir battu des peaux dans la ville. » (9 septembre 1854). « Le sieur Nogaret Auguste, et dame Bonnefous, mégissier, chacun à 1 franc d’amende pour jet d’ordures par les fenêtres » (21 octobre 1854)

« Vincent aubergiste pour dépôt de fumier et embarras sur la voie publique » (23 mai 1857)

« Les nommés Crespy, Alric et Rouseil, chacun à 6 francs d’amende et confiscation pour avoir tenu des jeux de hasard sur un chemin public. La demoiselle Mauries, à 1 franc d’amende, pour avoir lavé du cuivre dans une fontaine publique ». (16 septembre 1854),

Marzial, potier pour jet d’eau sur la voie publique (25 mai 1857), « Audience du 14 juillet 1854 : Le sieur Galtier, maçon et Benoît, tanneur, condamné chacun à 1 franc d’amende, pour avoir négligé d’éclairer des matériaux déposés sur la voie publique. » (22 juillet 1854)

« Basile Treilles, Rémy Grailhe, Alexandre Vidal, Eugène Caylus et François Dalles ont été condamnés diverses peines pour avoir joué aux boules sur les boulevards » (6 juin 1857)

Pierre Panafieu et François Trémolet, pour avoir joué aux boules sur la voie publique (13 juin 1857)… à 1 franc d’amende pour avoir jeté des immondices sur une personne (3 octobre 1868) .

Vendeuse près des halles.

Dans les maisons et les boutiques

Il fallait que l’intérieur comme l’extérieur des habitats soit propre et que l’on n’y fasse pas n’importe quoi : Louis Blanc, boucher a été condamné pour avoir égorgé des agneaux dans sa boutique (20 juin 1857)

Les sieurs Teissier, concierge du Cercle, et Rouquayrol, à 1 franc d’amende chacun, pour avoir négligé de balayer la partie de la rue laissée à leur charge. (29 juillet 1854)… à 1franc d’amende pour avoir déposé de la terre sur un chemin vicinal (3 octobre 1868).

« Goelphe Paul, condamné à 1 franc d’amende, pour avoir acheté des denrées alimentaires hors du marché. » (15 juillet 1854).

« Les dames Gavalda, fruitière, Fabre, jardinière, Refregier, jardinière, condamnées chacune à 6 francs d’amende et confiscation, pour avoir exposé en vente des fruits verts susceptibles de nuire à la santé. » (12 août 1854).

« Robert, à 6 francs d’amende, pour avoir exposé et mis en vente des fruits de nature à être nuisible à la santé. Millau, 20 octobre 1854. » (28 octobre 1854)

« Le nommé Austruy domestique du sieur Bonnet, roulier de Millau a été condamné à 150 francs d’amende et aux dépens pour avoir été trouvé porteur d’une lettre qu’il s’était chargé de remettre à son adresse. Et les sieurs Trémolet, frère et sœur, le premier à 26 francs et cette dernière à 15 francs d’amende, et tous les deux aux dépens, pour avoir fait usage de timbres postes ayant déjà servi. » (11 mars 1854)

Querelles de voisinage : « Audience du 7 juillet 1854. Unal Joseph, condamné à 1 franc d’amende pour introduction de bestiaux sur le terrain d’autrui. (15 juillet 1854) « Les sieur Puel, Baquier et Bousquet, chacun à 5 francs d’amende ; les sieurs Larue et Crouset, chacun à 1 franc d’amende pour s’être introduit dans la propriété d’autrui et y avoir cueilli des fruits.
Les dames Millau, Estibal et Vaissière, chacune à 1 franc d’amende pour avoir été trouvées traversant un champ chargé de sa récolte ; Le sieur Angles, cultivateur, à 1 franc d’amende, pour avoir fait passer ses bestiaux sur le terrain d’autrui. Certifié véritable, Millau, 8 août 1854 » (12 aout 1854)

« Audience du 13 octobre. Les sieurs Puel Antoine, berger, Ricard Victor, postillon, et Gaubert Hippolyte, chacun à 10 francs d’amende ; Boutonnet Victor et Puel Etienne, chacun à 10 francs d’amende et cinq jours de prison, pour avoir dérobé des récoltes n’étant pas encore détachées du sol. » (21 octobre 1854)

« Haullebon Joseph, Jean, cultivateur, Rivière Joseph, Alric cadet, et Manchet de Saint-Georges chacun à 10 francs d’amende pour avoir volé des fruits. » (28 octobre 1854)

Certains actes sont passés directement dans le registre des condamnations plus graves.

Ainsi en est-il de Aigouy, maçon qui comparait devant le tribunal correctionnel le 5 février 1857 pour s’être permis d’abattre un des arbres plantés sur le boulevard de la Capelle qui le gênait (7 février 1857).

Ces exemples ne sont que des extraits des innombrables condamnations publiées dans le journal local de l’époque. S’ils n’ont pas la prétention d’apporter des lumières sur l’histoire locale, ils ont le mérite de nous faire connaître les aléas que vivaient nos ancêtres et les condamnations souvent sévères dressées par le tribunal de police de l’époque.

Marc Parguel