Direction Saint-Germain cette semaine. Près de l’église de ce village, nous prenons le chemin de Barbade en direction du lavoir. Après 20 minutes de marche et peu avant le lavoir, on remarquera sur notre gauche deux petites cascades d’eau. Celles-ci prennent forme surtout après des journées de fortes pluies.

Un chemin passe sur la droite. En le remontant, on se trouve devant un petit lac au fond duquel coule une fontaine. Celui-ci est retenu par un petit barrage de pierre . Au moment de le prendre en photo, deux habitants de Saint-Germain nous ont donné le nom de cette fontaine. Elle est connue par la tradition orale, sous le nom de fontaine du curé, parce que toujours selon la tradition, un curé aurait baptisé un enfant en cet endroit…

Quel était le curé et à quelle époque ces faits ont-ils eu lieu ? Pourquoi un baptême à cette fontaine alors que Saint-Germain avait son église ? La première idée fut que l’enfant avait été baptisé dans ces lieux aux temps révolutionnaires, lorsque le curé devait se cacher pour exercer, mais dans ce cas là, il n’y aurait pas eu un seul baptême, comme le rapporte la tradition. Pour que la tradition orale soit autant vivace, les faits ne devaient pas être aussi anciens.

Grâce au récit de Juliette Andrieu, nous pouvons vous en donner l’histoire.

Elle remonte au début du XXe siècle, lorsque l’abbé Jean-Baptiste Burguion (1840-1911) dirigeait la paroisse. Signe particulier de ce curé, durant ses 31 ans de ministère, personne ne l’avait jamais vu sourire et on le redoutait un peu. Si on hésitait à l’aborder dans la vie courante, on allait le consulter volontiers en cas d’épreuves ou de difficultés. Alors seulement, il montrait son vrai visage. Son cœur lui dictait immédiatement les paroles de consolation et de réconfort qui mettait un baume sur les afflictions les plus vives.

Voici l’histoire qui a donné le nom à cette fontaine :

« Une femme en mal d’enfant mit son bébé prématurément au monde, sans la moindre assistance, sur le chemin de Barbade. Pas de langes, pas de crèche, aucun souffle animal pour le réchauffer ! Nu comme un ver, elle le déposa dans son tablier et courageusement, par petites étapes, se hâta vers sa demeure.

C’est à une de ces étapes qu’elle croisa l’abbé Burguion, curé de sa paroisse. Absorbé par la lecture de son bréviaire, celui-ci faillit passer outre. Se ravisant, à l’exemple du bon samaritain de l’Evangile, il se pencha vers cette femme, la réconforta et devant ce petit être si frêle, encore plus démuni que l’enfant de Bethléem, il fut touché de compassion et songea d’abord au baptême. Que pouvait-il faire d’autre ? Mais à cet endroit l’eau manquait. La source étant proche, il y courut. Rien pour puiser ! Rien d’autre que la coupe de ses mains !

Alors se découvrant, comme pour saluer l’eau vive, il emplit son chapeau, revint vers l’enfant, versa l’eau sur son front et c’est de cette manière qu’il en fit un nouveau chrétien ». (Un baptême insolite au début du siècle, journal de Millau, 21 avril 1978).

Marc Parguel