Veyrac (commune d’Aguessac, Causse Rouge)

Veyrac est situé sur le flanc occidental du Puech d’Andan sur le causse Rouge. Pour s’y rendre, à la sortie d’Aguessac, il faut prendre la route départementale 168. La première famille qui habita ici prit le nom du domaine (De Vayrac au XIIIe siècle).

Laissons Michel Artières nous guider dans ces lieux : « Actuellement, ce domaine comprend deux corps de bâtiments. Un premier bâtiment en bordure de route et un second bâtiment en recul dit « Maison de Maître ». Sur ce deuxième bâtiment se trouve une croisée renaissance magnifique. Cette fenêtre nous permet de classer le bâtiment compte tenu de sa situation dominante et des éléments architecturaux intéressants comme faisant partie de notre patrimoine rouergat. Cependant cet ensemble  n’est pas respecté à son égard. En moins de vingt ans, une grange en pierre dite « Palier rouge » a disparu et deux grosses constructions modernes (Hangar et grenier a grains) ont été construites à proximité. Pire ce bel ensemble sert pour partie actuellement de garage à un tracteur. »

Albert Carrière nous fait un descriptif de Veyrac au début des années 1930 :

« Plusieurs sources sourdent au-dessus du lieu, une des plus abondantes est captée. Actuellement, il n’y a que la ferme ; les traces de l’église et du cimetière ont disparu. Dans le pâté de maisons est une tour qui ne dépasse pas en hauteur les constructions attenantes. Une belle fenêtre renaissance à la salle dite du conseil attire l’attention. A 150 mètres, au sud ouest de Veyrac, un grand clapas serait les ruines du couvent de Layrolle ? Enfin, sur la pente au-dessus de Veyrac et sur deux mamelons on trouve des ossements anglais sur l’un, français sur l’autre enfoui là après une bataille (renseignements et traditions rapportés par le propriétaire actuel M. Lubac, 26 juin 1927) » (Monographie d’Aguessac, Compeyre, Paulhe, Société des Lettres, 1932).

Veyrac

D’après Jules Artières : « Il parait qu’en 1299, le Roi aurait donné à Pons de Montrodat, en récompense de ses services, les revenus et l’entière justice des villages de Paulhe et de Veyrac, Cabrières excepté ; Saurine Aldeberte, mère de Jean de Serno, succéda à Pierre de Montrodat. » (Messager de Millau, 8 janvier 1910)

Ancien Prieuré, Veyrac possédait une chapelle dédiée à Saint-Etienne. Celle-ci se trouvait à une trentaine de mètres plus haut que l’abreuvoir. Louis Balsan la situait dans un terrain fort humide : « l’eau y sourdait de toute part, il est vrai que c’était après plusieurs jours de grosses pluies. Il n’en reste pas pierre sur pierre » (Midi Libre, 11 octobre 1963). « Le nom de Saint-Etienne provient-il d’un évêque qui a occupé le siège de Rodez, les uns en font un évêque de Rodez, d’autres en font un évêque de Clermont ? », s’interroge Michel Artières. La Chronique de l’abbaye de Conques dit qu’un abbé de Conques du nom de Saint-Etienne devient évêque de Clermont. »

Cette chapelle existait au moins depuis le XIIIe siècle puisqu’un testateur fit un legs de un denier à sa luminaire en 1266 (Archives départementales, G.635) et puisqu’on y enterrait dans le cimetière avoisinant les membres de la famille dite de Vayrac (à proximité de la Capela Nostra de Vayrac).

A la famille « De Veyrac » succèdera la famille « De Pelegry » du XVe au XVIIe siècle : la boria appelada de Veyrac, appartenait dès 1477 à noble Jean de Pelegry, seigneur de la Roque et consul de Millau.

Son successeur, Jean II de Pelegry également seigneur de la Roque est propriétaire de la métairie de Veyrac. Le texte ci-dessous nous permet de constater la dimension de la propriété :

26 juin 1510 : Transaction intervenue entre noble Jean de Pélégry et nobles Aymeric et Pierre de Montcausson, père et fils, au sujet des droits qu’ils se disputaient sur le Puech d’Andan, depuis le pied des rochers de Bozet jusqu’à la cime de la montagne. Suivant une décision arbitrale, les bornes seront établies pour séparer les propriétés respectives des parties, et les Montcausson, paieront par surcroît à Pélégry, la somme de 12 livres. Le Puech d’Andan est indiqué comme dépendance de la métairie de Veyrac, appartenant à Pélégry (Jean Martin, Notaire à Compeyre). 21 juillet 1519. Noble Jean de Pélégry, seigneur de la Roque, vend à Guillaume Sapentis et Guillaume Thérondel, tous deux de Millau, 40 sétiers de froment de rente sèche, sans directe, à prendre sur la métairie de Veyrac, confrontant avec la borie de Pierre de Montcausson, sieur de Saliès, avec les terres du Mas de la Plane et avec le ravin de Barbade. La vente est faite aux prix de 150 écus d’or, valant 300 livres avec pacte de rachat, et la rente vendue sera payable par les mains de Bernard Mourier, rentier de lad. Borie.- Antoine de Fraxines et Jean Mercier, notaires) (Archives du Château de Vézines, H. Bousquet T.2).

Jean II habite Veyrac en 1529. On peut penser que la fenêtre à meneau a été posée par ses soins, mais certainement sur un bâtiment bien antérieur (Michel Artières).

Le dernier propriétaire de Veyrac de la lignée de Pélegry semble avoir été François, sieur de la Liquière (1646 – 1662). Le domaine passa ensuite à la famille Conducher.

Jean Conducher était notaire, ses registres nous révèlent sa présence de 1607 à 1663. Son neveu et héritier, Jean-Baptiste Conducher (1701- 24 octobre 1786) seigneur de Veyrac, avocat en parlement afferme son domaine de Veyrac moyennant 110 setiers froment, 20 setiers avoine, un quintal et demi laine vierge, 64 livres 10 argent, un demi-quintal de Roquefort, 2 cochons ou 12 livres pour chacun, 3 chevreaux, 4 pots de caillé, 200 œufs, 3 poulets au carnaval, 30 litres huile de noix, une charge de paille (12 février 1784).

D’après Jules Artières (Messager de Millau, 8 janvier 1910) : « Au XVIIe siècle, les Pélamourgue étaient seigneurs de Veyrac et possédaient la 3e partie de la justice de cette paroisse. Noble Antoine de Pelamourgue étant décédé, sa famille fit mettre un littre et ceinture funèbre autour de l’église de Veyrac, ce qui est une marque de prééminence et de juridiction. Mais leurs qualités de seigneurs justiciers leur fut contestée et le Bureau des Trésoriers de Montauban déclara que lesdits Pélamourgue « avaient mal dénombré », maintint Sa Majesté dans l’entière justice et ordonna que « littre et ceinture funèbre seraient biffés ». Plus tard, cependant, les Pélamourgue furent maintenus dans leurs droits ».

Quelques mots sur la chapelle de Saint-Etienne de Veyrac. Au-devant de l’église paroissiale de Saint-Etienne de Veyrac, le nouveau prieur touche le missel, sonne une petite cloche et met en main la clef de l’église (6 septembre 1684, Descuret).

Durre de Sanhes prêtre gradué de Millau va procéder à la visite de l’église et en dresser un procès-verbal constatant le nombre de paroissiens, la vérification de la distance et difficulté du chemin de Vayrac et Compeyre.

Celui-ci ne put que faire un mauvais état des lieux. Le verbal de sa visite de l’église (14 octobre 1732) dit que : « la porte ne vaut rien, les fonts baptismaux n’ont point de cuvette, le confessionnal qui s’y trouve n’est ni décent, ni commode. Il n’y a point de chaire et peut-être n’y en a-t-il jamais eu, les nappes d’autel sont hors d’usage, le devant d’autel de ligature servant pour toutes les couleurs est presque entièrement usé et très indécent, le crucifix du milieu de l’autel est de carton et d’une figure très indécente ; il n’y a point de tabernacle et il ne paraît y en avoir eu jamais, il n’y a ni ostensoir sur soleil pour l’exposition du Saint Sacrement, ni ciboire ou custode pour la réserve ni petite boite ou porte Dieu, ni encensoir, ni navette, il n’y a ni siège ni lutrin, ni vestige qu’il y ait jamais eu de lampe. Les murailles du cimetière sont très basses, il n’est pas fermé… il n’y a que 11 communiants, de Vayrac à Compeyre la distance est d’un quart de lieue, le chemin est très praticable.» (Revue Historique du Rouergue, mars 1929).

Les notes qui suivent m’ont été communiquées par Michel Artières que je tiens à remercier ici bien vivement : Suite à un partage successoral de la famille « Conducher », dans le courant du XVIII siècle, il y eu division du Domaine en deux parties (Domaine Haut, Domaine Bas). Les héritiers de la famille Conducher ne posséderont plus que le Domaine Bas. Par héritage, il passera à la famille Saltet (1790), puis en date du 4 mars 1850, Madame François Lafarelle Roubourguil née de Saltet, transmet le domaine bas à sa fille Madame Jacquette Louise de Lafarelle Robourguil. Le 10 mai 1858, cette dernière vendra le domaine bas à M. Polito. Quant au Domaine haut, il appartint à la famille Dezmazels. En 1711, le sieur Desmazels acquit de sa Majesté l’entière justice de Paulhe, Compeyre et Veyrac (Calmels, notaire). En 1730 le domaine est toujours au nom de Monsieur Desmazels avec pour fermier L. Maury. En 1777, Veyrac le haut appartient à Madame de Gaujal (Notes P.E.Vivier). Le fermier est Monsieur Vivier de Durquiès. Le domaine appartient ensuite à Madame veuve de Pegayrolles née de Paulo. Eulalie de Paulo était en 1808 propriétaire entre autres domaines de ceux de Veyrac et de Raujolles et peu de temps après, acquit de son neveu Antoine Honoré Jules marquis de Pegayrolles, le château et les terres de Castelnau. Dans l’Echo de la Dourbie du 29 décembre 1854, on voit « A vendre suite à succession de Madame Eulalie de Paulo, comtesse de Pégayrolles, un beau domaine appelé « Veyrac  le Haut situé principalement dans la Commune d’Aguessac et en partie dans celle de Millau » (Me Casimir Boyer, notaire). Le 4 avril 1856, les héritiers de Madame Marie Joséphine Eulalie de Paulo, comtesse de Pégayrolles vendront le domaine Haut au profit de M. Charles Polito, entrepreneur à Creissels. Ce dernier réunira donc en ses mains les deux parties du domaine de Veyrac. Le 20 février 1877, Paul Etienne Lubac fabricants de gants, achètera des héritiers de feu Polito la totalité du domaine d’une superficie globale de 236 hectares 90 ares 50 centiares, avec le cheptel mort et vifs (bestiaux). Veyrac fut transmis à son fils aîné Etienne qui vivra dans la maison de Maître.

Veyrac, le 7 avril 2014.

Le dictionnaire « Dardé » nous éclaire sur le nombre d’habitants que comptait le hameau de Veyrac en 1868, il y avait 18 personnes derrière ses murs.

En novembre 1913, la grange fut la proie d’un incendie : « Vendredi 21, vers 4 heures du matin, un incendie éclatait dans la grange du domaine de Veyrac, appartenant à M. Lubac, négociant à Millau. M. Douls, fermier du domaine, son personnel et plusieurs voisins tentèrent très courageusement de combattre le fléau. Mais en raison de la quantité de fourrage accumulée dans la grange, leurs efforts furent inutiles et l’immeuble fut détruit avec plus de 3000 quintaux de paille ou de foin. Comme deux meules de paille, toutes proches de la grange brûlèrent en même temps que celui-ci, on avait de fortes raisons de supposer que cet incendie était l’œuvre d’une main criminelle. François Blanc, 55 ans, né à la Capelle (Lozère), ancien domestique renvoyé, fut arrêté et écroué à la maison d’arrêt. Les pertes éprouvées par le propriétaire et par le fermier sont couvertes par une Compagnie d’assurances. » (L’indépendant Millavois, 29 novembre 1913).

Ce dernier bénéficia d’une ordonnance de non-lieu, les présomptions étant insuffisantes, il fut remis en liberté. (Même journal, 20 décembre 1913). Etienne Lubac décèdera sans descendance et transmettra le domaine à ses deux neveux Etienne et François Carles.
Aux temps révolutionnaires, les biens attenants au prieuré furent vendus. Ainsi Raymond Rascal acquiert un champ du prieuré de Veyrac ; Bourles de Paulhe un champ et devois ayant appartenu au prieur de Veyrac (12 juillet 1792).

Abandonnée, la chapelle servira de grange jusqu’à sa disparition totale au début des années 1930.

Dans un article de Jules Artières, paru dans le Messager de Millau en date du 8 janvier 1919 , il est mentionné qu’au « début du XX° siècle on voyait encore l’ancienne chapelle de Saint-Etienne de Veyrac » au lieu dit « Casals ». Cependant en 1932, Albert Carrière mentionne qu’« il n’y a plus que la ferme ; les traces de l’église et du cimetière ont disparu. » (Monographie de Compeyre, Aguessac. Paulhe, société des Lettres, sciences et Arts de l’Aveyron, manuscrit)

En juillet 1949 la maison dite Maison de Maître fut ravagée par un incendie, le coût des dégâts sera évalué à 5 millions de francs (Midi Libre, 30 juillet 1949). Les deux frères Carles vont rénover à leurs dépens toutes les toitures de la maison et garder leur vie durant, l’entière propriété en indivision et amener l’eau de source à proximité des bâtiments. Etienne décédé sans enfants transmettra ses biens à son frère François. Enfin, au terme du partage successoral de François Carles, l’entière propriété avec le cheptel fut transmise par attribution au profit de sa fille Geneviève Carles épouse Artières.

Marc Parguel