Millau. Le Club des Entrepreneurs « balance » à tout-va

Mercredi 22 janvier à la Halle Viaduc, les cinq candidats aux élections municipales étaient invités par le Club des Entrepreneurs Millavois à donner leur vision sur l’avenir des entreprises millavoises. Chacun avait 15 minutes, pas une de plus, pour décliner les grandes lignes de son programme économique.

Depuis, le Club des Entrepreneurs a réuni ses membres afin de poser son propre diagnostic sur l’économie millavoise et élaborer des pistes de réflexion. « Des réflexions et des idées qui sont destinées à alimenter les programmes des candidats, qui pourront les reprendre à leur compte », assure Cyril Brengues.

Ce matin, ces mêmes candidats (seule Camille Valabrègue était absente) étaient invités à venir à la pêche aux bonnes idées pour en glisser, pourquoi pas, dans leur profession de foi.

« C’est vrai que l’on n’a pas été totalement emballés par ce qui a été dit le 22 janvier. On a trouvé que cela a manqué de concret, de choses applicables directement et au final d’ambition. On a le sentiment que sur l’économie, il n’y a pas d’ambition extraordinaire », a déploré Cyril Brengues, avant de prévenir : « on va balancer ».

Emmanuelle Gazel, Philippe Ramondenc, Jérôme Rouve et Christophe Saint-Pierre, avant…

« Sur le plan économie, sur le plan des relations avec les entreprises, le bilan, il est zéro »

Si quatre thèmes avaient été définis (emploi et formation, commerce et cœur de ville, immobilier, tourisme et événementiel), la réunion a vite tourné en une sorte de règlement de compte, Cyril Brengues mettant dos à dos « les collectivités qui accompagnent l’économie » et « les entreprises qui la créent ». Et à ce jeu-là, la communauté de communes, « bateau ivre où il n’y a aucune communication », a servi de victime expiatoire toute désignée.

S’il a « bien acté » que chaque candidat à la mairie de Millau souhaitait aussi être président de la communauté de communes (ce qui n’est pas le cas actuellement, NDLR) « pour avoir plus de moyens d’agir », « pour nous, chefs d’entreprises, on sort d’une période qui a été un échec total ». « Sur le plan économie, sur le plan des relations avec les entreprises, le bilan, il est zéro », assène Cyril Brengues, en comparant la ComCom à la Commission européenne : « Une entité où on ne sait pas trop ce qu’il s’y passe, on ne sait pas trop qui y bosse, mais par contre ils ont tous les pouvoirs et tous les budgets ».

Sans entrer dans les détails ni expliquer ses assertions, le président du Club des Entrepreneurs s’est acharné sur l’institution communautaire, devant des candidats pris à partie. Cyril Brengues a, en vrac, dénoncé « l’ostracisation » de la part de la ComCom dont il aurait été victime lors de la création du Club des Entrepreneurs, comparé la marque du club des Entrepreneurs « Made in Millau » « qui a coûté 0 € », à celle de la ComCom, « Style Millau », « lancée dans le plus grand secret et qui a coûté, 100, 200, 300.000 € ? », déploré le non-rattachement de La Cavalerie à la ComCom de Millau, comme il en fût un temps question, ou encore critiqué la création de la zone Fialets II « sans demander l’avis des chefs d’entreprises, avec au final une zone vide ».

« On a l’impression que l’on bosse pour les institutions, mais on n’a pas l’impression que les institutions bossent pour les entreprises. On a de beaux discours, mais déjà à la base, la structure est faite pour que cela ne marche pas. Non seulement on n’a aucun lien avec ces gens-là (avec la communauté de communes, NDLR), mais ce sont des gens qui essaient de nous détruire. La relation entre ComCom et entreprises sont à néant », a-t-il résumé, en provoquant des rictus d’énervement de la part de Christophe Saint-Pierre, notamment.

Un président de la CCI qui « insulte les chefs d’entreprises de Millau »

« Je ne parle pas de la Chambre de commerce », a continué Cyril Brengues en levant les yeux au ciel et en provoquant un soulagement dans l’assemblée.

Mais comme ça le démangeait, il a quand même tenu à régler ses comptes avec le président, Dominique Costes, « qui est venu une seule fois à Millau en deux ans ». « Le président de la CCI de l’Aveyron, que personne ne connait, a appelé au boycott de la soirée des trophées à Millau (organisée par le Club des Entrepreneurs, NDLR) parce que Rodez organisait sa soirée deux jours plus tard. Il a interdit au personnel de la CCI d’aller sur son temps personnel à notre soirée. Le futur maire de Millau et président de la ComCom doit convoquer M. Costes pour lui demander qui il est pour se permettre, en tant que président de la CCI de l’Aveyron, d’insulter à ce point les chefs d’entreprises de Millau ».

Les propositions

• Après avoir « balancé », l’heure était (enfin) venue d’évoquer les propositions. Et la première concerne… la Communauté de communes. « À un moment, il faut que la ComCom puisse rendre des comptes », affirme Cyril Brengues, en suggérant la mise en place d’un outil de démocratie participative, l’équivalent du Comité Consultatif Citoyen (3C) élaboré par la Ville de Millau.

• Concernant la formation, le constat est que « Millau est en manque d’étudiants ». « Il y a quelque chose à développer sur des formations longues au niveau du tourisme, de type Master 1 et 2, avec les formateurs professionnels du territoire », croit savoir Damien André.

• Au niveau de l’emploi, « sur le problème de l’emploi des conjoints pour faire venir les travailleurs à Millau, les institutions doivent être irréprochables », continue Cyril Brengues, qui ce matin avaient des envies de « balancer ». « Quand je vois qu’on embauche à la ComCom des types qui font l’aller-retour Montpellier – Millau tous les jours, je crie au scandale ! Qui a signé ces embauches ? » « Il n’y a pas qu’à la ComCom… » a réussi à placer Emmanuelle Gazel.

Emmanuelle Gazel, Philippe Ramondenc et Christophe Saint-Pierre, après…

• Au sujet du commerce et du cœur de ville, si Cyril Brengues salue « de bonnes choses qui ont été faites comme récemment le Voultre et des aménagements intéressants », comme pour désénerver Christophe Saint-Pierre, il a pointé du doigt « l’échec » du parking souterrain de la Capelle (à côté du cabinet comptable qu’il dirige, NDLR). « C’est un parking qui est vide, avec 40 ou 50 places prises en moyenne, parce qu’on n’a pas écouté les commerçants qui disaient qu’il fallait que l’entrée et la sortie soient plus accessibles. Ce parking est une DSP, il n’est pas privé, donc la collectivité a les moyens de dire comment doit fonctionner ce parking, et notamment au niveau des tarifs ».

Christophe Saint-Pierre : « Je n’ai pas spécialement envie qu’on m’amène des paniers d’oranges à Rodez… »

• Un sujet sorti du chapeau : les marchés publics. « Là, on a un gros souci. C’est vraiment quelque chose qui remonte de la part des chefs d’entreprises : il n’y ont pas accès », déplore Cyril Brengues. Sa solution : mettre en relation les personnels de la mairie et de la ComCom avec les entreprises locales pour leur signifier la sortie des appels d’offres. Bouillonnant sur sa chaise, Christophe Saint-Pierre lui a coupé la parole : « Tu sais bien que ce n’est pas possible, je ne peux pas te laisser tout dire. Ce n’est pas légal et c’est pénalement répréhensible ». « Quand on voit qu’il n’y a pas de locaux qui répondent à l’appel d’offres, on appelle, admet-il. Après je n’ai pas spécialement envie qu’on m’amène des paniers d’oranges à Rodez… ». « Et toutes les municipalités ont fait le job, malgré que ce soit répréhensible », a précisé Emmanuelle Gazel, en abondant dans le sens du maire…

• Sur l’immobilier, « le problème qui remonte, c’est que la taxe foncière est trop chère. » « Le problème à Millau, c’est que l’on manque de foncier pour les entreprises, du coup on manque de foncier pour les particuliers. Du coup on a un immobilier qui a tendance à monter, les salaires ne montent pas, et on se retrouve dans un cercle vicieux. Il faut libérer des terrains », lance Cyril Brengues, en notant qu’il faut « avoir de l’ambition ».

• Dans le brouhaha et parmi des propos fusant de toute part, un autre sujet est lancé en pâture, la réfection de la salle des fêtes. « C’est la volonté de tout le monde, la salle des fêtes c’est une honte », assure Cyril Brengues en préconisant de la raser pour laisser la place à une nouvelle salle modulaire. « Les associations louent actuellement des tentes pour des dizaines voire des centaines de milliers d’euros. Si on mettait tout cet argent pour le financement d’une vraie halle modulaire, elle serait rapidement rentabilisée. »
« C’est dans notre projet », rappelle Emmanuelle Gazel qui entend soumettre au vote des habitants la construction d’un espace événementiel polyvalent. Un projet qui est aussi dans les cartons de Christophe Saint-Pierre, Jérôme Rouve et Philippe Ramondenc.

D’autres propos ont été tenus, d’autres problèmes soulevés, mais qui n’auront mis visiblement personne d’accord. Une seule chose aura fait consensus au sortir de ce rendez-vous matinal, c’est qu’en matière de communication entre collectivités et monde économique, en matière de « création de lien » et de « travailler ensemble », il y a encore du travail à faire…