Patrimoine Millavois : La rue Fernand Candon et la pharmacie Mutualiste

Entre la rue Droite et la Place des Halles, la rue Fernand Candon (autrefois rue des Halles) est une des voies les moins longues de Millau.

Elle fut percée en 1899 (délibération municipale, 23 février 1898) suite à la création des Halles métalliques (décembre 1897- novembre 1898). On profita de ces travaux pour réaliser cette jonction avec la rue droite.

Si nos Halles n’eurent jamais à se qualifier de centrales pour se distinguer, puisqu’il n’y en avait pas d’autres, le mot fut adopté par une charcuterie qui occupa jusqu’en 1902 l’angle de la place et la rue des Halles.

La charcuterie centrale en 1900.

La « rue des Halles » fut rebaptisée en « rue Fernand Candon » par décision municipale, le 10 janvier 1957.

Voici ce qu’écrivait à son sujet Jules Artières :

« le nom de Fernand Candon restera synonyme de dévouement à la collectivité. Il fut le mutualiste ardent et convaincu dont l’indomptable énergie parvint à doter la Mutualité de notre ville des nombreuses réalisations dont elle peut être fière. Il avait compris et fait siens les quelques vers du poète rouergat François Fabié : « Mutualité, puissance féconde,
Par qui, tour à tour, sauveurs et sauvés,
Nous réalisons les progrès rêvés,
Tu seras un jour la reine du monde. »

La pharmacie mutualiste fut la première a être créée en Aveyron, et sans doute l’une des premières de France.

C’est en 1828 qu’on voit apparaître une société de secours mutuels des gantiers millavois. L’année 1832 restera marquée par la fondation de la société Saint-Martin par les anciens militaires des armées napoléoniennes : « Pour 3 francs par an, les sociétaires ont droit, en cas de maladie, aux remèdes et soins médicaux gratuits, à l’assistance de deux sociétaires gardes-malades et à la fourniture de linge et de nourriture. »

En 1858, sur les 13 sociétés mutuelles existant dans l’Aveyron, 9 sont millavoises : gantiers, tanneurs, corroyeurs, mégissiers, chamoiseurs, cultivateurs, cordonniers, menuisiers, sapeurs-pompiers, anciens militaires, Sainte-Eugénie (la seule qui accueille les femmes).

En 1899, on compte 14 sociétés mutuelles à Millau avec 3.236 adhérents.

La pharmacie Mutualiste, rue du Général Thilorier (extrait de « Millau en Images »).

Dès 1900, Fernand Candon alors président de la Société Mutualiste des Anciens Militaires, dite de Saint-Martin, lance l’idée d’une pharmacie coopérative et, deux ans plus tard, il fonde avec quelques amis l’Union Mutualiste Millavoise, réunissant 8 sociétés millavoises dont il est le secrétaire puis le président (30 octobre 1906).

Pour loger la pharmacie Mutualiste de Millau, première en Aveyron, agréée le 21 février 1903, il achète le 8 décembre 1909 l’immeuble dans lequel elle se trouve encore aujourd’hui et fonde la Fédération départementale des Sociétés de Secours mutualistes. Jusqu’à cette date, la pharmacie se trouvait à l’angle de la rue du Général Thilorier (depuis le 10 mai 1903).

Le 1er septembre 1910, Fernand Candon crée un service de bains-douches suivi le 17 novembre d’un service de rayon X. Puis il souhaite marquer les esprits par de grandes fêtes, comme nous le rappelle Georges Girard : « Le 6-7 et 8 mai 1911, Fernand Candon organise à Millau de grandes fêtes mutualistes, à l’occasion de l’inauguration de la Maison de la Mutualité, de l’établissement des Bains et Douches et des services médicaux et pharmaceutiques. L’aviateur Gibert y participe et survole Millau pour la première fois. Le succès fut complet. »

L’aviateur Louis Gibert.
L’aviateur Gibert sur le champ Bouquier (futur Parc de la Victoire) s’apprête à voler au-dessus de Millau.

Ensuite, Fernand Candon sera président de l’Union Départementale des Sociétés de Secours mutuels, président des jeunesses catholiques, et l’un des fondateurs de la Fraternelle, cette sorte de « Maison des Jeunes » avant la lettre, qui était déjà installée dans les locaux de Sainte-Marie (futur Créa), boulevard Sadi-Carnot.

Fernand Candon (9 septembre 1868 -11 mars 1949).

Laissons la plume à Georges Girard, pour évoquer les dernières années de sa vie :

« Jusqu’en fin septembre 1944, Fernand Candon restera à la tête de l’Union mutualiste millavoise ; il suit journellement son fonctionnement, rien ne lui échappe. A deux reprises, en 1942 et 1943, il manifeste le désir de se démettre de ses fonctions en raison de son âge et de sa santé chancelante. Par devoir, il accepte de tenir jusqu’aux limites de ses forces, mais celles-ci le trahissent une fois de plus : sa démission est alors acceptée. Le 24 septembre 1944, l’assemblée générale de l’Union Mutualiste millavoise lui décerne l’honorariat et remet sa lourde succession entre les mains de Louis Régimbaud… Fernand Candon s’était marié avec Sylvie-Marie Agathe Abriol, qui décéda en 1945. Lui-même devait s’éteindre dans sa 81e année, le 11 mars 1949, dans sa maison du n°35, boulevard de la République. » (Des rues, des hommes, librairie Trémolet, 1987)

Les halles et la rue Candon.

La ville de Millau en mémoire de cet homme admirable renomma la « rue des Halles » en « rue Fernand Candon » en 1957, cette rue qui longe l’immeuble de la Pharmacie Mutualiste, si chère à notre illustre Millavois.

Marc Parguel