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jeudi 3 décembre 2020
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Veyreau. Hommage à René Arnal

Samedi 21 décembre à la Maison d’Amélie, le maire Miguel Garcia et ses conseillers ont rendu un dernier hommage à René Arnal dit Mansou, disparu une semaine plus tôt.

René Arnal fut maire de Veyreau de 1977 à 2008, il est décédé en cette fin d’année des suites d’une longue maladie. À cette occasion, amis, familles, habitants de Veyreau et élus du canton ont fait le déplacement pour écouter, mais aussi participer aux discours d’hommage et au verre d’amitié offert par la municipalité. Voici l’hommage rendu par Miguel Garcia l’actuel maire.

« Chers amis,

Veuillez m’excuser, mais je ne vais pas suivre le protocole des présentations habituelles.

Nous sommes ici pour rendre hommage à René et je souhaite être en harmonie avec lui ce soir. Oui ! René, tu ne t’embarrassais pas des discours, des commémorations et du côté protocolaire de la fonction.

Je sais que tout cela t’embêtait au plus haut point comme tu m’as dit une fois. Alors tu me demanderais si je ne suis pas tombé sur la tête (caluc) de faire tout ce chambranle et de réunir ce monde ici. Un peu râleur ou bougon, comme avec nombre de tes amis, tu ne m’aurais plus parlé pendant quelques jours ou quelques semaines en tournant les talons et t’éclipsant.

Mais l’amitié étant plus forte nous nous serions retrouvés comme si notre discussion s’était arrêtée quelques instants plus tôt. Oui l’amitié était pour toi René une valeur importante. Alors ce discours n’aura rien de protocolaire je l’ai dit, et si c’est Le Maire qui s’exprime, c’est l’ami qui te parle avec tristesse et émotion. Ton départ cette fois n’a malheureusement rien d’un coup de tête. Je n’ai pas envie de formuler un discours, car le cœur et l’envie n’y sont pas. Ce sont des ressentis que je vais partager et quelques souvenirs.

René, je t’ai parlé pour la dernière fois jeudi 12 décembre alors que tu étais hospitalisé et souffrant. Pourtant tu tenais à me questionner sur Veyreau et la prochaine liste des municipales pour laquelle tu étais heureux, pour moi et le village que celle-ci soit d’ores et déjà prête.

10 jours avant tu étais à la maison autour de la table pour un repas avec d’autres amis. Tu étais radieux et très loquace ce soir-là. Tes anecdotes sur Veyreau et le temps où tu étais Maire étaient nombreuses.

Ces blagues potaches que tu as pu faire durant cette période et que tu m’as apprises  depuis quelques années sont dans mes pensées, parfois elles étaient dignes de films de Marcel Pagnol ou de Don Camillo… C’est ainsi que je t’imagine à une heure avancée de la nuit, après quelques verres descendus en compagnie du curé de l’époque, debout sur le toit de ton garage en train de chanter à tue-tête tous les deux l’Internationale au propriétaire démoniaque du couvent, dont la plupart se souviennent du nom.

Cependant au-delà de ces anecdotes pour le moins comiques, tu as su gérer durant tes cinq mandats la commune d’une manière rigoureuse, prenant la plupart du temps les bonnes décisions. Jamais à court d’idées tu as essayé au mieux de les mettre en pratique avec surtout des réussites, mais aussi quelques échecs. Comme on dit, seuls ceux qui ne font rien ne se trompent pas. Je sais ô combien tu étais fier de ce que tu as pu accomplir pour vous habitants de Veyreau, mais je sais aussi ô combien tu regrettais certaines déconvenues qui avaient des répercutions humaines.

Car si les imbéciles ne t’intéressaient pas comme tu disais, te brouiller avec une personne qui humainement et intellectuellement était valable, te touchait fortement et il y a des plaies je le sais, pour lesquelles tu n’avais pas trouvé de solution.

René, tes amis savent combien tu étais un homme très sensible et plein d’humanisme. Tu essayais de cacher ce trait de caractère par quelques cabrioles verbales dont tu avais le secret. Ta façon d’être pudique.

Je peux rajouter aussi que tout t’intéressait, de l’actualité à la politique en passant par les sports et bien d’autres thèmes, nous avons souvent eu de riches discussions avec des échanges de points de vue, de conseils et quelquefois des idées.

Quand j’ai été élu maire il y a 12 ans maintenant, j’ai souhaité que ta succession soit assurée du mieux possible. Nous nous sommes toujours investis pour Veyreau et l’intérêt général. Maires de tous les habitants et non pas que des amis, seuls l’avenir du village et le bien-être de ses habitants comptent à nos yeux.

Tu as réussi ainsi ta sortie d’élu après 31 ans de bons et loyaux services. Ceci restera gravé en moi parce qu’elle est la garantie du devoir et des responsabilités que la fonction nous demande. Tu avais déjà une vision de territoire en t’impliquant au-delà des frontières de Veyreau pensant Causse Noir dans sa totalité. Ton rôle au syndicat de l’eau en est notamment une preuve.

René, c’était aussi savoir donner et partager avec les autres. Savoir les féliciter. Lorsqu’il me disait « tu es meilleur maire que moi », je comprenais « vas-y tu peux encore mieux faire ! » C’était sa façon de motiver et de montrer l’amitié que sa réserve n’exprimait pas directement. Il savait trop bien que le maire était rarement félicité, mais que les coups il faut apprendre à les encaisser.

C’était aussi cela René, un moteur. Il impulsait l’énergie. La même qui l’a aidé à combattre avec force et dignité la maladie pendant de longues années.

C’est un mari, un père, un grand-père, un ami, un maire ou tout simplement René qui s’en va aujourd’hui, mais comme disait Shakespeare : « L’esprit oublie toutes les souffrances quand le chagrin a des compagnons et que l’amitié le console ».

Je présente au nom de tout le conseil municipal nos plus sincères condoléances à Christiane son épouse, à ses filles Yannick et Béatrice ainsi qu’à ses petits-enfants et arrières petits-enfants.

René, nous sommes tous réunis dans la salle des fêtes en ton honneur. Plutôt que le silence, comme pour un artiste, je demande une minute d’applaudissements puis nous partagerons le verre de l’amitié. Jusqu’au bout sans protocole, mais c’est aussi ça qui te caractérisait et cette liberté est aussi une valeur des Caussenards : savoir rester humbles et les pieds bien accrochés à la respectée terre nourricière tellement celle-ci est rare au milieu des rochers.

Adieu René ou plutôt adieu René de Mansou ».

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