Le genévrier plus connu chez nous sous le nom de « Cade » a donné son nom à de nombreux lieux sur nos Causses. En témoignent le Cade (commune de Millau), Cadenas (commune de Veyreau), la Cadenède (commune de Millau et de Veyreau).

Les graines du genévrier sont forts appréciés des grives et les chasseurs s’en servent d’appâts pour piéger ces petits oiseaux en les plaçant sous des tendelles. Si elles font le bonheur des grives et causent parfois leurs pertes, elles sont d’un très bon goût, une fois écrasées et mélangées à du foie, du beurre pour tartiner des tranches de pain grillées. Mais le genièvre est aussi utilisé pour faire une très bonne liqueur.

Dans sa chronique « Lo Milhautenc a taùla » parue dans le Journal de Millau le 9 janvier 1976, voici comment Georges Girard la présente dans une petite histoire ici traduite de l’occitan :

« Ah ! si je n’avais pas les jambes aussi raides, comment j’irais au cade ou à la cadenède chercher du genièvre, car, bougres d’ivrognes, vous m’avez bu tout le litre l’année dernière !

Ainsi disait la tata Virginie à son beau-frère en le voyant décrocher du mur son fusil (pour partir à la chasse).

– Si je tue un « capucin » (lièvre de trois livres) assez tôt, je vous en porterai une brassée bien grainée.

– Et vous savez comment il me le faut : le grain vert, et pas trop gros !

Quand Baptiste revint à la maison, la tata, sans trop se piquer, se mit à égrener (le genévrier) et bientôt elle en en eût recouvert toute la table. Elle mit de côté les noirs pour les tartines ou les tisanes et, avec les verts, elle commença sa goutte. Si vous m’en croyez, essayez de faire comme elle ».

Il convient contrairement à cette petite histoire de ramasser du grain noir et non vert, qui sera bien meilleur pour la composition de cette liqueur.

Voici la recette : Verser dans un litre d’eau de vie un verre de graines de genièvre, noires, écrasées. Laisser ainsi quarante jours, puis filtrer, ajouter 500 grammes de sucre semoule, remuer de temps en temps pour bien mélanger, ou faire un sirop : sucre et 2 à 3 verres d’eau chaude, mais non bouillie, le sirop a pour effet d’abaisser la teneur alcoolique. Plus la liqueur vieillit, meilleure elle est.

Les graines de genièvres, outre la liqueur peuvent servir à accompagner lièvres, volailles, grives, et diverses viandes rôties (veau, porc).

Laissons la parole à Juliette Ribas née Baumel (1914-2018) pour nous raconter ses souvenirs sur sa cueillette :

« Sur le Causse Noir en particulier, si vous allez dans la campagne au mois de septembre ou octobre, vous pourrez faire la cueillette des baies de genièvres, disons des grains de Cade, le terme du pays ! Il faut pour cela se munir d’un bâton, d’un grand parapluie ou d’une sache ou d’un grand tablier, vous n’aurez plus qu’à le déployer sous le genévrier et avec le bâton faire tomber les petites baies noires, les vertes resteront fixées pour la récolte de l’an prochain. Prenez soin de laisser quelques baies pour le passage de la grive ou du merle, car à Saint André de Vézines, on sait faire des tendelles l’hiver pour piéger ces petits oiseaux. Savez-vous que ces petites baies noires font une excellente confiture. Hélas, j’en ai perdu le goût depuis ma jeune enfance où l’on faisait la soirée folklorique kitche genièvre. Tous les gens cueillaient le genièvre, ils le mettaient dans des sacs de jute. Au mois de décembre, dans une maison à Saint André, on mettait un grand chaudron sur le feu avec de l’eau. On cousait les grains de genièvres dans de petits sacs de toile et on les faisait bouillir. On les sortait et avec une grande barre on faisait presse genièvre. Les jeunes montaient les uns d’un côté, les autres de l’autre, il y avait des rires. Et alors, dessous dans un petit chaudron, c’était la confiture. C’était bon et on mettait cela dans des bouteilles. » (Entretien à son domicile de Millau du 10 décembre 2003).

Pour terminer, citons les souvenirs de Madeleine Vernhet (1904-2008) à ce sujet :

« On faisait cuire les grains de genièvres quand ils étaient bien mûrs, bien propres, et puis on les écrasait avec une presse. Ce jus, nous le faisions réduire sur le feu dans un chaudron, et quand il était un peu épais, on mangeait cela comme la confiture sucrée et on s’en servait pour couper l’eau. Au lieu de mettre du sirop, on mettait un peu de ce jus de graine. En confiture, il y en a qui le mélangeaient de figues, mais nous, nous aimions autant le manger seuls. » (Madeleine Vernhet, entretien à son domicile de Saint André de Vézines, 16 mars 2004).

Marc Parguel