Patrimoine millavois : L’Hôtel de la sous-préfecture

C’est en 1800, suite à la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février) promulguée par Napoléon 1er que quatre sous-préfectures ont été créées dans le département de l’Aveyron : à Espalion, Millau, Saint-Affrique et Villefranche-de-Rouergue.

A Millau, les services de cette administration s’installent tout d’abord rue Saint-Antoine. En 1855, il fut question lors de la vente de l’Hôtel de Pégayrolles, de déménager la sous-préfecture dans cet édifice où elle voisinerait avec l’hôtel de Ville : « M. le Maire expose que M. de Pegayrolles vient de mettre en vente son hôtel… Depuis longtemps, les habitants de Millau ont généralement exprimé le désir que la commune fit l’acquisition de cet immeuble pour servir d’hôtel de Ville et d’hôtel de sous préfecture » (Délibération communale, 10 juin 1855). Une fois l’hôtel de Pégayrolles acheté, on se mit en tête de placer la sous-préfecture au rez-de-chaussée d’une aile de ce bâtiment.

Mais en 1860, le conseil général de l’Aveyron constatant que toutes les sous-préfectures sont installées dans des bâtiments loués, il décide de prendre son indépendance en projetant de construire un Hôtel de sous-préfecture pour chaque chef-lieu, au nombre de quatre. C’est Millau qui sera la première ville retenue.

Carte postale de 1903.

En 1864, le conseil municipal de Millau avait déjà, au nom de la ville, promis au département le terrain nécessaire pour la construction d’un hôtel de la Sous-Préfecture. Ce terrain n’est autre que la propriété Dalaret-Solié, situé avenue de Rodez (actuellement 39 avenue de la République) acheté 20 585 francs en 1860 et dont la destination première était de créer un vaste jardin. En 1866, la partie méridionale fut définitivement cédée pour édifier l’hôtel demandé.

Du fait de cette cession de terrain, le budget de construction est voté par le département en 1867. Ce montant s’élève à 80 000 francs environ.

L’architecte départemental est Jean-Baptiste Vanginot. Il s’inspire, dans ses plans, des hôtels particuliers du XVIIIe siècle, avec sa cour d’honneur côté rue et un jardin à l’arrière. Son architecture est de style néo-romantique florentin, à cette époque.

Vue côté jardin.

Les travaux débutent en 1867 et sont interrompus par la guerre franco-allemande de 1870 (Napoleon III). Les bâtiments encore en chantier servent de casernement pour les gardes nationaux. Les travaux s’achèvent en 1871. Avec son toit en pavillon, le bâtiment se développe en U autour d’une cour quadrangulaire.

Carte postale.

Voici ce que, M. Joseph de Gissac  dans un rapport fait à la Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron, disait sur cet édifice :

« L’Hôtel de la Sous-Préfecture a eu, en général, peu de succès à Millau ; nous ne saurions accepter les critiques qu’il a soulevées. Si cet Hôtel n’a pas le grandiose qu’on eût pu désirer et que les limites du budget ne permettaient pas de lui donner, il est cependant un ouvrage sérieux et parfaitement étudié, dans le genre dit « florentin », qui ne se rattache à aucun style déterminé. Le nombre immense des constructions civiles qui se sont élevées partout depuis quelques années, la reconstruction de Paris surtout, a fait sentir la nécessité de sortir des voies classiques et de laisser à l’imagination de l’architecte un champ plus vaste. C’est, en quelque sorte, le romantisme architectural. Il est né de là un style, bâtard si l’on veut, mais indépendant, créant ou empruntant à tous les siècles, à la seule condition de porter le cachet du talent.
La Sous-Préfecture est dans ces données ; nous y voyons l’étroite et longue fenêtre à côté de larges baies à pilastre central, des consoles, des balcons, des mansardes historiées, le tout accompagné de corniches, cordons, pilastres, sculptures ; en un mot, une façade complètement travaillée dans tous ses détails et dans toutes ses parties. Des pavillons, à simple rez-de-chaussée, accompagnent l’Hôtel, formant la cour d’honneur et contenant les bureaux. Si l’on n’a pas un monument, il a été du moins construit un joli hôtel qui ne serait aucunement déplacé sur l’Avenue des Champs-Elysées. » (D’après Jules Artières, Millau à travers les siècles, p.352, 1943).

Portail d’entrée de la sous-préfecture.

Un fait divers datant de 1875 mérite d’être signalé ici :

« M. le Préfet de l’Aveyron, en tournée avec le conseil de révision, est arrivé samedi (15 mai) à Millau, où il a passé les journées de dimanche et de lundi.
Dimanche il y a eu grand dîner officiel à la Sous-Préfecture. Le dîner a été suivi d’une soirée très brillante et très animée, à laquelle assistaient toutes nos belles dames.
M. de Puymirol et Mme de Puymirol ont fait à leurs invités les honneurs de chez eux, avec le tact et l’urbanité qui les distingue.
Vers les 9 heures du soir, un malheureux accident est arrivé à un cocher, le sieur Verdier, de Millau. Le siège de la voiture qu’il conduisait étant très élevé, il a eu beau se courber en franchissant le seuil de la porte-cochère de l’hôtel, il a été se heurter violemment contre l’imposte et a eu deux côtes brisées. Sur sa demande et malgré les instances de M. de Puymirol qui voulait le garder à la sous-préfecture, le malade a été immédiatement transporté chez lui où il est en bonne voie de guérison » (Millavois, repris dans le Journal de l’Aveyron, 18 mai 1875)

La sous-préfecture au 39 avenue de la République.

L’hôtel de la sous-préfecture de Millau sera le seul, de l’ambitieux projet du XIXe siècle, à être construit. Il est actuellement la propriété du conseil départemental de l’Aveyron.

La sous-préfecture (15 novembre 2019).

Marc Parguel