Le site de Saint Marcellin (alt. 730 mètres) est situé à 4 kilomètres au nord-est du village de Mostuéjouls. Accroché aux falaises du Causse de Sauveterre, il surplombe du haut de ses 400 mètres les eaux vives de la rivière Tarn.

Saint Marcellin est surtout connu depuis les temps anciens pour ses pèlerinages influençant la météorologie (on venait y demander la pluie), pour se préserver de la peste (1653), pour sa chapelle attestée en 1400, pour sa belle source dite miraculeuse déterminante qui fixa les premiers habitants dans ce lieu inhospitalier. Une baume sur vire, ressaut de falaise de 7 mètres sur 3 présumée tombeau du saint (fouilles Balsan 1927 infructueuse), dut ajouter une touche sacrée au lieu. Enfin, un « château troglodytique » attire l’attention à gauche en sortant du village. Il consiste en un mur qui clôt hermétiquement une grotte située dans les falaises qui bordent le Causse.

Vue d’ensemble.

Le premier descripteur

C’est en août 1841 qu’un auteur anonyme publia le premier article sur cette forteresse : « La première chose qui s’offrit à nos regards fut un fort du Moyen-âge, adossé au roc. On le croirait bâti d’hier, quoiqu’il compte déjà plusieurs siècles d’existence, parce qu’il est à l’abri du mauvais temps et que ses fondements sont inébranlables. La nature le protège par-derrière, sur le haut et sur les flancs, et elle-même en a fait tous les frais. La face, qui seule a été faite par la main de l’homme, pouvait être un peu exposée aux traits des ennemis ; mais la nature n’a pas abandonné ce côté, car à gauche, un peu en avant du fort, se trouve un petit mamelon, percé par le bas, dominant la porte d’entrée et d’où l’on pouvait lancer toute sorte de projectiles contre les téméraires qui auraient oser s’en approcher. » (28 août 1841, extrait d’article intitulé Promenade dans la commune de Liaucous et signé ZZZ, Echo de la Dourbie, 24 octobre 1841). Texte repris par Jules Artières, dans le Messager de Millau (18 juillet 1908).

La forteresse.

Nom du lieu

On le qualifie aussi bien de « château rupestre » que de « fort de falaisiers » (E.A.Martel, les causses Majeurs, 1936). Il ne s’agit visiblement pas d’un château féodal, car comme l’indique Jacques Miquel « Le « château » de Saint Marcellin constituait le réduit fortifié du village. Celui-ci est entièrement aligné le long de la falaise. » (L’architecture militaire dans le Rouergue au Moyen Age, 1981).

Croquis en plan et en coupe du lieu dessiné par Albert Carrière en 1934.

C’était un « forciarum », un refuge pour les habitants, d’après Jean-Yves Boutin : « L’édifice utilise le surplomb d’une falaise sous lequel se trouve un abri naturel ou une baume, permettant ainsi de gagner un espace plus confortable, plus apte à un éventuel séjournement… Ces forcia, construites initialement pour servir de refuges aux villageois, évoluent rapidement vers une autre fonction…La forciarum devient une source de revenus pour certains petits nobles et, de fait, elle est systématiquement accréditée de l’appellation château » (La « forciarum », un refuge caussenard méconnu, Grands Causses Préhistoire et archéologie, n°3, 2011). En effet, encore au début du XXe siècle, on nommait cet édifice : le château du Baron. Albert Carrière mentionne qu’après la guerre de 1914-18, Mme la Marquise de Mostuéjouls payait pour ce bien qu’elle possédait un Franc d’impôt.

Description de la forteresse

Devant la fausse porte d’entrée.

La porte qui s’ouvre au Midi n’est autre qu’un trou d’accès percé probablement au XIXe siècle.

Ce mur éventré en partie basse donne accès sur la grotte et l’on a devant soi une salle assez spacieuse d’environ quatre mètres de largeur et d’une profondeur de huit mètres. Quant à la hauteur, elle est approximativement de douze mètres.

Les parties supérieures sont reliées par un promontoire rocheux et présentent encore de nombreux dispositifs de défense tels que bretèche, assommoir, archères, bouches à feu.

Laissons la parole à Alain Bouviala, pour nous décrire les lieux : « Après avoir grimpé sur la terrasse servant d’assise, il faut franchir l’emplacement d’une enceinte dont il reste quelques pierres et une archère à l’angle amont, passer près de l’amas du four ruiné pour entrer par une fausse porte, trou percé grossièrement dans le mur fermant le porche qu’il serait judicieux de reboucher. La vraie entrée se situe au-dessus, et ne pouvait être atteinte que par une échelle s’appuyant sur l’avant d’une bretèche à battant dont on aperçoit les consoles. Par les fenêtres à « bonne » hauteur et deux meurtrières, l’on pouvait viser l’ennemi. Enfin, la porte la plus élevée à droite devait permettre l’accès à une autre bretèche disparue, pour tirer et laisser choir des pierres. La distribution intérieure était là aussi sur planchers, dégageant trois étages reliés par des échelles. » (Les Baumes, abris sous roche troglodytes, Los Adralhans, 2002)

A l’intérieur sur la gauche, les ancrages dans la paroi rocheuse.

A l’aide d’une échelle, montons au sommet de la forteresse sur une sorte de promontoire en terrasse naturelle, formé par le roc et servant de lieu exceptionnel d’observation.

La plate forme supérieure, où l’on stockait les projectiles.
L’assommoir vu de l’étage supérieur.
L’assommoir vu d’en dessous.

Histoire

Faute de documents, nous ne pouvons dater précisément la construction de cette forteresse. Il y a cependant plusieurs éléments qui donnent une idée de son ancienneté.

Cet édifice semble remonter au XVIIe siècle. En voici les raisons :

Un premier texte de 1400 mentionne la chapelle de Saint Marcellin où il est dit qu’il n’y a qu’un seul paroissien. Le château quant à lui, n’est pas mentionné.

En 1637, Jean de Mostuéjouls donne l’autorisation de rebâtir un four au pied de la grotte.
Dans cet acte cité par Jacques Miquel (conférence U.P.S.A, de Millau, 18 février 1993), il est bien fait mention de la grotte et pas d’un château.

C’est P. Saumade qui sera chargé de bâtir et édifier ce nouveau four moyennant la censive annuelle de deux poulets à condition que ledit sieur Saumade ne puisse donner faculté, ni permission à autre personne sans le vouloir et le consentement dudit seigneur (24 mai 1637, notaire Vitalis). Il y a bien longtemps que le four est revenu à l’état de ruine, four écroulé par la bêtise humaine.

Selon Jacques Miquel, l’enceinte aurait été bâtie dans la première moitié du XVIIe siècle. La porte du haut, à droite, n’est pas très ancienne, car le linteau est en bois. Or, au Moyen-Age, on n’employait jamais de poutre en bois à cet usage. Le profil anguleux des moulures des portes ne fut pas ainsi marqué avant le XVIIe siècle, donc « relativement récent » (Conférence Université populaire du Sud Rouergue, le 18 février 1993).

Albert Carrière nous apprend qu’au XXe siècle, cette forteresse était désignée sous le nom de « château du baron : anfractuosité divisée en trois étages, balcon naturel poste d’observation, où l’on voit les ruines du four au pied du château » (Nos belles promenades, Midi Libre, 27 avril 1952).

J’avoue que ce nom de « château du baron » m’a intrigué.

Vue depuis l’étage supérieur.

Sauf erreur, le premier seigneur de Mostuéjouls à s’intituler « Baron de Saint Marcellin» apparaît au XVIIe siècle. Ce fut François de Mostuéjouls, IIe du nom, qui épousa par contrat du 14 avril 1654, au château de Vézins, Marie Madeleine de Lévézou de Vézins. (Archives généalogiques et historique de la noblesse de France, tome VII, 1841).
Tous ses prédécesseurs se nommaient simplement « seigneur ». Ce qui conforte l’idée que cette forteresse soit bien du XVIIe siècle, puisqu’elle est désignée sous le nom de « château du baron ».

Cet édifice qui mériterait d’être restauré appartient encore aujourd’hui au descendant de la famille de Mostuéjouls.

Marc Parguel