Le kiosque à journaux sur le Mandarous en 1930.

Le premier kiosque à journaux de la ville de Millau fut implanté en 1880 sur la Place du Mandarous, suite à la délibération communale qui l’avait autorisé le 25 novembre 1879, faisant valoir l’avantage pécuniaire de la redevance de cent francs par an versé à la commune, la commodité pour le public, et aussi qu’il « contribuerait à la décoration de la place ».

Comme décoration, jusqu’ici, la place du Mandarous ne possédait que des trottoirs, des bornes-fontaines, auxquelles vinrent s’ajouter des becs de gaz, en 1856-57 (Arch. Millau, 4D88).

Ce n’est pourtant pas ce kiosque fraîchement inauguré, par le sieur Leignadier, de Paris, sur le trottoir, du « Café de Millau » à l’angle de la place du Mandarous et de l’avenue Jean Jaurès au niveau de l’actuel magasin de vêtement « Devred », qui allait embellir véritablement la place.

Son toit à bulbe, peut-être à la mode en cette fin du XIXe siècle, ne présentait rien de particulièrement remarquable, autant que les vieilles photos permettent d’en juger.

Le kiosque à côté du monument commémoratif de la guerre de 1870.

Pour embellir la place, quatre gros candélabres furent ensuite placés en 1893 remplaçant les becs de gaz de type normal qui éclairaient la partie semi-circulaire du Mandarous au débouché des avenues. Ils furent déplacés au Jardin de la Mairie lors de son aménagement, en vertu d’un vote par le conseil municipal du 3 mars 1950.

La place du Mandarous en 1905. On voit au premier plan l’un des candélabres.

Quatre ans après le placement de ces lampadaires, c’est le Monument commémoratif à la mémoire des enfants de l’arrondissement de Millau, morts pour la France en 1870-71, qui fut inauguré solennellement le dimanche 24 octobre 1897, sur un Mandarous noir de monde. Voisinant avec le Kiosque à journaux, la Marianne, ne manquait pas de caractère.
Un nouveau kiosque allait voir le jour, mais il n’était ni musical ni porteur de journaux…

Cet abri fonctionnel serait consacré… aux plus humbles besoins de l’humanité. A ceux qui criaient qu’on allait enlaidir la place, Frédéric Bompaire balayant toutes les objections répondit : « C’est justement, parce que le Mandarous est une des plus belles places de la cité et le centre du mouvement, que l’installation d’un urinoir est plus utile là qu’ailleurs ».

L’acquisition de cet édicule (urinoir à trois places, en forme d’un kiosque circulaire). fut décidé par le conseil municipal le 16 novembre 1900, et construit dans la foulée par la maison Eugène Baron de Paris.

L’emplacement choisi était devant l’actuelle Pâtisserie Saint-Jacques. Il demeura à cet emplacement un bon quart de siècle.

Le kiosque à journaux et au fond l’autre kiosque servant d’urinoir.

Après vingt-cinq années de plaintes contre ce chalet dont la nécessité ne s’imposait pas aux yeux et encore moins au nez de tous, le maire Barsalou demanda au cours de la séance du 18 février 1926 au conseil municipal, sa suppression. L’enlèvement ne se fit pas attendre et au mois de juillet, il avait disparu.

C’est alors qu’on décida de déplacer le kiosque à journaux jusqu’ici placé à côté de la Marianne, entre deux avenues sur le trottoir, à l’endroit où se tenait la vespasienne.

Il fut donc établi, dès l’été 1926 non loin du café Boca Reva, plus précisément au niveau de la pâtisserie Saint Jacques, d’abord sur le trottoir puis sur la chaussée.

Sa tenancière, Madame Louise Monteillet était ravie de ce changement. Son kiosque était sur le plan hexagonal comme l’ancien, mais bien plus spacieux, ce qui du faciliter le service et dans son intérieur, et « la Louise » comme les Millavois l’appelaient alors, se sentait vraiment à son aise.

Assise sur la gauche, Madame Monteillet, tenancière du kiosque à journaux au Grand Café de Millau en 1926.

Durant un bon quart de siècle, elle fut avec la « Marianne » du monument patriotique de 1870 et Guillaumenq, « Maire du Mandarous », l’un des éléments typiques de notre place principale. Forte personnalité, c’était une des figures les plus marquantes du quartier, et si le « Maire du Mandarous », le brave Guillaumenq n’avait été un célibataire endurci, il aurait trouvé dans « la Monteillette » ainsi qu’on l’appelait familièrement, une maîtresse aussi représentative que lui. Elle était d’une corpulence aussi remarquable que son amabilité.

Le kiosque était toujours fort fréquenté à cause de sa vendeuse, véritable figure haute en couleur et typiquement millavoise par son franc-parler, son humour, sa verve, ce qui lui valut une sympathique popularité.

Louise Monteillet, assise à côté de son kiosque à journaux en mai 1936.

Sa gentillesse et sa serviabilité étaient bien connues, et lorsqu’elle quitta les lieux en 1951, en même temps que l’édicule plus d’un habitué de l’endroit put soupirer : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». Quelques mois avant la suppression du kiosque, le monument commémoratif à côté duquel elle voisinait jusqu’en 1926, lui aussi devenu encombrant, avait pris les devants en déménageant au Parc de la Victoire durant une période de gel du 16 au 23 janvier 1950.

Madame Louise Monteillet est décédée en 1954, âgée de 70 ans. Son souvenir restera à jamais lié à cette place et à ce kiosque qu’elle affectionnait.

Marc Parguel