Le Cade (commune de Millau, Causse Noir)

Le Cade (Lo Cade : le genévrier) est situé à 3 km au Nord Est de Millau. Pour accéder à ce domaine ; bien avant la D.110 que nous connaissons, desservant le Maubert et Montpellier-le-Vieux, il fallait prendre le GR62 actuel, anciennement « le chemin de Millau à Meyrueis confrontant de bize (du Nord) le Cade » comme le disent nos vieux compois.

Au XIIIe siècle, le domaine du Cade portait le nom de Mas de la Caritatz ou Caritats, en raison d’une donation faite en 1281 par le comte Guilhem aux « Charités Saint Marc » de Millau. Au XVIe siècle, le Cade confrontait du « chef » les terres de Guilhaume Artières, de Lauglanou, du « pied », les terres de Pépissou appartenant à M. Antoine Guérin, notaire ; de « bise », le chemin de Millau à Meyrueis.

La propriété comprend sept groupes de parcelles, réparties comme suit : Les lavagnes : 3,77 hectares, les cerieys : 2 hectares, Longuiers : 10 ares, le Boffi : 67 hectares, Cade+ Privats+Lauglanou : 838 hectares, la Tracoune : 33 hectares.

D’après la matrice cadastrale, l’ensemble de ce domaine se divise comme suit : terres : 320 hectares, jardins : 25 ares, Bois : 48 ares, Pâtures : 610 hectares, Sol de Bâtiments et divers : 60 hectares, Prés : 15 ares. Un chemin très carrossable, relie cette propriété aux routes de la vallée (Etat des Lieux, 1930).

Le Cade autrefois

Marie Manenq, alors qu’elle se rendait à la fontaine du Monna en septembre 1975, a raconté l’histoire suivante à Raymond Robert : « Aux enfants qui ne voulait pas manger leur soupe, on leur disait : « Ah ! quinze jours passés au Cade, et alors tu verrais si tu la mangerais ! ». Ceci laisse supposer la rudesse du travail et de la vie qui devait régner dans cette ferme du Causse Noir. Les derniers habitants du Cade qui relevait de la paroisse du Monna furent ceux de la famille Betou. Il devait avoir deux filles, l’une religieuse mourut au Brésil, l’autre devait s’installer à la Cresse. Le Cade fut alors abandonné puis acheté par les eaux et forêts. Autrefois, ils descendaient, parait-il, à la messe de Minuit au Monna par n’importe quel temps. » (Témoignage oral de Marie Manenq, 27 septembre 1975, Archives privées Raymond Robert).

En puisant dans les archives du Monna, on peut trouver quelques métiers exercés au Cade. Sur un acte de décès du 28 mars 1667, on trouve « Pierre Alric metayer du masage del Cadé ». En 1771, baptême du 6 septembre de Marianne Artières dont le parrain est : « Antoine Lavabre fermier du Cade ».

Il y avait au XVIIIe siècle, de nombreux loups. En mars 1798, Jean André Cousi, propriétaire foncier demeurant au domaine du Cade a présenté cinq louveteaux dans la maison commune de Millau, dont deux femelles et trois males, une femelle et un mâle morts et les autres trois vivants. Il percevra une prime de cent francs à raison de 20 francs pour chaque louveteau. Malheureusement pour lui, il a laissé échapper la louve.

Historique

Ce domaine a appartenu aux familles Trauque (XIVe siècle), Bénézech et Bertrand (XVIe siècle), Coste et Conduché (XVIIe siècle) et à M. De Longuiers médecin (XVII et XVIIIe siècles).

Une date sur le linteau d’une porte.

En 1826, il appartenait à M. Raubin de Longuiers qui possédait d’autres propriétés dans la région avec un garde champêtre attitré.

Il s’agit d’un domaine d’une certaine importance puisqu’en 1826, il y avait trois maisons et six bergeries et l’on pouvait compter 300 moutons et brebis, 20 chèvres, 2 paires de bœufs et cinq charrues en fer. Il s’étendait sur une superficie de 990 hectares dont le tiers était cultivé. Onze personnes vivaient là en 1866.

La famille de Longuiers s’éteignit en 1892. Elle affermait le domaine du Cade depuis 1888 à Jean Pierre Massebiau. En 1912, le site fut mis en vente :

« A vendre pour cause d’indivision le vaste domaine du Cade, de Longuiers et de Lauglanou, ne formant aujourd’hui qu’un seul tenant, et d’une contenance totale de 982 hectares, 45 ares, 75 centiares.
Sis sur le plateau et sur les flancs du Causse Noir, à 5 km de la ville de Millau. Affermé depuis le 29 septembre 1888, à Jean Pierre Massebiau, moyennant le prix annuel de 2200 francs. Ce très vaste domaine qui va être relié à Millau par une route en construction, conviendrait tout particulièrement pour estiver d’importants troupeaux transhumants, pour reboisements en essences résineuses, celles-ci y poussent naturellement. La partie qui est en coteau donne la truffe ; elle pourrait être plantée en chêne truffier. Pour plus amples renseignements, s’adresser aux dits MM.Unal et Gaubert. » (L’indépendant millavois, 15 juin 1912).

Ce fut un notaire de Bordeaux qui se rendit acquéreur du Cade et de Lauglanou l’année suivante. Cette propriété rurale fut ensuite louée à un fermier qui pratiqua quelques boisements, notamment en pins noirs d’Autriche. Cependant il laissa les terrains les plus riches en maintenant 20 ha de cultures et la pâture des moutons sur 650 hectares.

Puis, c’est l’Etat qui se décide à acheter en 1931 ces mêmes domaines du Cade, de Lauglanou et la bergerie de la Tracoune. La contenance est évaluée à 300 000 francs.
Les travaux intenses de reboisements ne commencèrent pas immédiatement : une convention de location est arrêtée, consentie par les Eaux et forêts, nouveau propriétaire en 1931, à Monsieur Bétou, alors fermier vivant sur le Cade. Le bail est alors valable pour trois ans et comprend certaines obligations : s’il est autorisé à faire des récoltes de céréales et user du bois mort et du buis, et autres arbustes, pour son chauffage et l’entretien des bâtiments, il se voit contraint d’ensemencer en résineux toute une partie des terres labourables et d’en défendre bien entendu, l’accès aux troupeaux. Il lui est interdit de vendre tout produit ligneux et fumier. A la fin de ce bail, plus aucun fermier n’a occupé le Cade. La ferme cessa d’être habitée en 1936.

L’état entreprend alors les grands boisements destinés à protéger les sols de l’érosion. Ces vastes chantiers de plantations nécessitent une main d’œuvre locale importante et permettront d’endiguer quelque temps le chômage qui sévit à cette époque. De 1935 à 1940, des chômeurs de diverses origines, en 1944-45, des prisonniers de guerre italiens, contribuèrent au reboisement de ce vaste domaine.

Si l’ONF propriétaire des lieux est responsable de l’entretien des bâtisses, il faut savoir que pendant 22 ans (1982-2003), l’association des amis du Causse Noir a patiemment restauré une des bergeries.

Le 26 août 1989, un important incendie détruit 200 hectares à la lisière du Cade : « Il était 13h30, samedi 26 août, lorsque pour une raison encore inconnue des broussailles situées très près des maisons d’habitation de l’avenue de l’Aigoual prenaient feu. Très vite et malgré la rapide intervention des pompiers qui mettaient tout en œuvre pour protéger les maisons, le feu progressait très rapidement. A l’heure du bilan si heureusement aucune victime n’est à déplorer, les dégâts au niveau écologique sont par contre importants puisque ce sont près de 200 hectares qui ont été détruits. » (Journal de Millau, 1er septembre 1989).

Un temps le Cade fut occupé par les équipes de secourisme de la section locale de la Croix Rouge.

Sur le site, des sentiers ont été balisés afin d’encourager chacun d’entre nous à se dégourdir les jambes. L’Alpina y organise d’ailleurs chaque année depuis 1973 ses traditionnelles bornes vertes. Chacun sera libre de courir ou de marcher pendant dix kilomètres. Une fois la boucle bouclée, les participants seront invités à partager un casse-croûte. (Midi Libre, la forêt du Cade, pour se perdre en famille, 5 octobre 2008)

En juillet 2008, une nouvelle animation intitulée « les Musicades » fut mise en place. Pour fêter le début de l’été, de nombreux groupes se sont réunis à la nuit tombée, pour animer le site le temps d’un concert. Autour de l’ancienne ferme, allongés sur l’herbe, les auditeurs auront pris part à un bon pique-nique, et ont assisté à cette fête, tandis que les étoiles pointaient peu à peu leur lumière dans le ciel estival.

Marc Parguel