Patrimoine Millavois : Le Boulevard de Bonald

Le boulevard de Bonald, qui relie la place du Mandarous à la Capelle, s’appelait autrefois « Promenade du Mandarous ». Cette voie fut créée en 1782, lorsque le conseil communal décida « d’embellir la sortie de la ville et de former là une promenade agréable ».

La place de la Capelle qui existait depuis 1667, date à laquelle la municipalité avait acheté aux religieuses du Couvent de Sainte Claire, les ruines de leur monastère, fut aplanie en 1782, comme nous le rappelle Jules Artières :

« Le Conseil Communal décida de donner à la plateforme de l’Esplanade une forme « plus régulière, plus agréable et plus spacieuse » ; pour cela les Religieuses de Ste Claire cédèrent encore une partie de leur pré…C’est à cette époque qu’on établit, sur les anciens fossés de la ville, la promenade entre la porte du Mandarous et la Terasse de la Capelle, d’après les plans de M. Bourron, sous ingénieur des Ponts et Chaussées. » (Annales de Millau, 1900)

On l’aménagea, de sorte que « de promenade » on lui donna le nom de « Boulevard du Mandarous » et ce, jusqu’en 1887.

En février de cette année là, un Millavois fit part d’un souhait qu’il s’empressa de soumettre à la municipalité : « Un journal régional publie une lettre d’un habitant de Millau au Conseil municipal, pour demander qu’on donne aux principales rues les noms des hommes marquants qui ont comblé de bienfaits leur ville natale ou d’adoption, ou qui l’ont illustrée par leur propre gloire. Imberte d’Aragon, fondatrice de l’hôpital de Millau, Bernard Lauret, premier président du Parlement de Toulouse ; le grand philosophe de Bonald ; les généraux Solignac, Thilorier, Rey, Sarret ; les poètes de Planard et Peyrot ; Antoine Guy, qui a importé la ganterie à Millau, ont, ce nous semble, quelques droits à la reconnaissance de leurs concitoyens. De pareils noms vaudraient bien les désignations de rue longue, rue courte, rue neuve, rue vieille, qui sont en usage dans la plupart des petites villes. Le Conseil municipal actuel, qui s’est signalé par une si bonne et si sage administration, serait bien inspiré s’il accueillait ce vœu de la population millavoise. » (Journal de l’Aveyron, 19 février 1887)

Cette idée fit son chemin, car la semaine suivante, dans le même journal, on pouvait lire : « A la séance du 17 février 1887, le Conseil Municipal de Millau évoque l’utilité ou la convenance qu’il y ait à changer les dénominations de la plupart des rues de Millau, et à les désigner par les noms des personnes illustres qui sont nées dans notre ville ou qui l’ont habitée. Le Conseil Municipal est de cet avis : il vient de choisir une commission de cinq membres pour étudier cette question. » (Journal de l’Aveyron, 24 février 1887).

C’est ainsi que « Le Boulevard du Mandarous » céda son nom à celui de l’illustre philosophe « Louis Gabriel Amboise de Bonald » (1754-1840). C’est une des plus grande gloire aveyronnaise comme nous le rappelle l’ouvrage « Millau en images » (1988) :

« Il fut maire de Millau de 1785 à 1791, date à laquelle il démissionna en raison de son hostilité à la Constitution civile du Clergé. Emigré à Heidelberg, il composa en 1796 son ouvrage le plus célèbre : la théorie du pouvoir politique et religieux. Monarchiste de cœur et de raison, la Restauration combla ses vœux. Devenu académicien, il fut élu député en 1823, puis nommé ministre d’Etat et Pair de France. Louis de Bonald se retira définitivement au Monna en 1829 et mourut dans la solitude le 23 novembre 1840, à l’âge de 86 ans. »

Pourquoi ce boulevard fut nommé ainsi et pas un autre ? Tout simplement, parce que c’était la voie qu’empruntait le philosophe lors de ces déplacements de Millau à son château du Monna. Du Mandarous, il passait par le Boulevard du Mandarous, puis par la rue du Rajol (appelée à son époque, rue du Monna) et rejoignait Cureplats et la vallée de la Dourbie. L’Avenue Gambetta n’existait pas du vivant de De Bonald. Elle fut ouverte en 1855.

Voici les principaux changements de dénominations de rues effectués en 1887 : La rue des Corneilles devint la rue du Général Thilorier, la rue du coin de verre celle du Général Rey. Le boulevard du Mandarous devint le boulevard de Bonald, et le Boulevard du Quai fut transformé en Boulevard Richard. La place et la rue du Mûrier prirent le nom de Claude Peyrot . La rue des Gantiers fut nommée Antoine Guy, et la rue derrière la Cour : Bernard Lauret.

© Pierre Costecalde

Quand au nom du célèbre « Eugène De Planard (1783-1853) » on voulut le donner au théâtre qu’on devait construire et dont la maquette était exposée à la Mairie, comme nous le rappelle la délibération communale du 9 juin 1887 : « Sur le rapport de la commission nommée à cet effet, le conseil municipal a décidé en même temps que le changement de dénominations des diverses rues, que le théâtre projeté prendrait le nom du théâtre de Planard ». Ce théâtre, faute de budget ne verra jamais le jour, mais le célèbre homme de théâtre donnera plus tard son nom à une rue et plus récemment à une salle de la Maison du Peuple.

Le boulevard de Bonald fait partie des cinq boulevards de la ville avec celui de l’Ayrolle, le boulevard Richard, le Boulevard Saint-Antoine et celui de la Capelle.

Au début du XXe siècle, de 1903 à 1922, on plaça dans son axe un kiosque à musique sur la place de la Capelle que l’on voyait depuis le Mandarous. Ce kiosque démonté en avril 1922 fut ensuite déplacé en 1924 « Place Bion Marlavagne ».

Le boulevard du Bonald en 1905.

Le boulevard de Bonald fut goudronné avant la Première Guerre mondiale.

Cette voie longée par des platanes a toujours été animée au début du XXe siècle par des commerçants très connus dans la ville « Barthelemy » Bourrelier au n°9 (en 1907), les Cycles Taurines, Pâtisserie Jany (au numéro 20) , café Caussignac, bureau de tabac, Burguières (au n°21) Plus tard, la Boucherie économique occupera au n°17 les locaux tenus précédemment par le bourrelier Migairou.

Le boulevard vu du Mandarous en 1908.

La boucherie économique sera remplacée en 1961, par le crèmerie Lou Pastrou fondée par Jean Cadilhac. Citons aussi dans les années 1930, le café Divan (au n°10), la mercerie « Au Pauvre Jacques ». Un des principaux cafés de la ville à l’angle du boulevard et de la place de la Capelle était « le café de la fraternité », il fut longtemps appelé plus couramment, du nom de son propriétaire, le café Treilles.

Marc Parguel