Situé à proximité du confluent du Tarn et de la Dourbie, le Pont de Cureplats fait communiquer Millau avec les vallées propres à ces deux rivières et le Causse Noir. Jadis appelé « Le pont neuf » (pon nou) il remonte au XIIIe siècle. C’est pour le différencier du Pont Vieux (pons vetus) situé en aval dont la première mention figure dans un acte de 1156 qu’on le nomma ainsi. Ce pont étant un peu plus jeune, il fut réparé en 1287.

Jules Artières nous le rappelle, par cette lettre de Durand Calvet envoyé aux consuls en 1286 : « Fai vos assaber que las suplicacios d’almorna ai redudas al Rei per profieg de la vila e per almorna, la una es que done a la vila la Barra ad ops de far lo pon nou, laqual cuge optener… l’altra per conquistar a las menoretas d’Almilhau LX l. de rendas, que puesco conquistar, e veirai se o poirai optener, se a vos autres es vist de far ». Le roi donne pour deux ans certains péages à prendre sur le Pont Vieux pour réparer le pont neuf et chaussée. Le droit des Barres était un tribut qui était payé aux barrières. (Document sur la ville de Millau, 1930).

Comme nous le rappelle l’abbé Joseph Rouquette : « Il en coûta beaucoup pour l’établir sur le Tarn et beaucoup plus encore pour le défendre contre les envahissements de la Dourbie, qui, à chacune de ses crues, s’efforçait de se jeter dans le Tarn en amont du pont et par là rendait son service inutile. Cette longue lutte ne cessa que lorsque la Dourbie, détournée de son cours naturel, fut définitivement forcée de chercher son embouchure dans le Tarn en aval du pont. Les nombreux travaux exécutés pour la construction et la conservation de ce pont forment toute son histoire. On en trouve les détails presque à chaque page des livres de comptes des consuls boursiers pendant le XIVe et le XVe siècle » (Recherches historiques sur la ville de Millau au Moyen âge, 1888).

Le 27 mars 1418, on fit appel à des gens d’Église volontaires pour les travaux communaux « per reparar la peyrada del pon nou ella tore del Mandaros ».

Le Pont Neuf « lo pon noù » était la propriété de la ville. Son entretien était à sa charge exclusive.

Le pont en 1904.

La chaussée du pont

Au XVIe siècle, Millau n’était guère favorisé, comme d’ailleurs une partie de la France, par les voies de communication. Les anciennes voies romaines, bien dégradées constituaient encore des chemins plus ou moins carrossables. Le reste se réduisait à des sentiers, plus qu’à des chemins, seulement praticables par les bêtes à bats et à selle. Généralement ces sentiers longeaient les rivières du Tarn et de la Dourbie et devenaient impraticables après chaque inondation. Pour Millau le point le plus vulnérable était la chaussée qui réunissait le Pont Neuf (le pont de Cureplats actuel), aux chemins de Paulhe, d’Embarry (Causse Noir) et du Monna. On la répare en 1615-1616 à l’aide d’un grand arbre peuplier acheté 2 livres 10 sous (Archives municipales C.C.111).

On peut établir la liste des inondations du Tarn et de la Dourbie grâce aux séances des conseils municipaux qui votent des crédits ou des moyens pour faire réparer cette chaussée après que chaque inondation en emporte l’une ou l’autre partie. Un document nous le précise déjà en 1670 : « Parce que l’effort de la rivière du Tarn fait des ruines et dommages chaque année à ladite chaussée du Pont Neuf, qui a été faite pour arrêter ladite rivière, et lui faire prendre le cours qu’elle tient maintenant, ce qui donne sujet à des réparations fréquentes qu’il convient de faire à grands frais tous les ans… » (Registre des délibérations de Millau n°BB-11 n°1663-1673, séance du 14 août 1670).

En 1677, ce n’est pas seulement la chaussée, mais aussi le pont qui est en danger : « Finalement a été proposé que le Pont Neuf menaçant ruine et plusieurs pierres d’un pilier étant déjà tombées, ils ont fait crier et proclamer le bail de le réparer à son de trompette aux carrefours accoutumés de ladite ville en la manière accoutumée, et Léonard Baudouin et Pierre Boissonnade, maçons, s’étant présentés ont offert de faire ledit travail même de réparer le parapet et le garde fou dudit pont d’un bout à l’autre et fournir tous les matériaux moyennant la somme de 60 livres » (Registre des délibérations de Millau, n°BB-12 de 1673 à 1684, séance du 17 septembre 1677).

Ainsi, Millau, le plus économiquement possible, répare les choses indispensables, et les plus importantes ; les passagers et les riverains des chemins entretiennent le reste, et écartent les plus grosses pierres qui bloquent la circulation, à moins qu’ils ne la détournent en dessus ou en dessous. Mais il n’existe aucun crédit normal pour l’entretien des chemins. Seuls les très grands travaux sont pris en charge par la Généralité. Et les délais pour avoir les ressources nécessaires sont interminables. « Finalement a été proposé qu’il a été fait plusieurs devis pour faire réparer la Cote Roumive, le Pont Neuf et l’endroit dit De Bariasses (au-dessus de l’Hymen), au chemin qui conduit de la présente ville aux Cévennes par lequel on ne peut passer lorsque la rivière Dourbie enfle, mais on ne peut faire lesdites réparations fautes de ressource, que pourtant, ils se sont fait quelques creux aux pavés du Pont Neuf qu’il est nécessaire de faire réparer pour éviter un plus grand dommage et que le bestial à bât qui y passe ne tombe pas auxdits endroits » (Registre des délibérations de Millau, séance du 31 décembre 1685).

Il faut les cas d’urgence totale pour que la municipalité se décide à faire sans autorisation préalable ces réparations. C’est ce qui se produite pour le Pont Neuf six mois plus tard, après les inondations de novembre 1685 : « Par ledit sieur de Jonquières premier consul a été proposé que l’inondation des rivières du Tarn et de la Dourbie ayant emporté une muraille joignant le pont Neuf du côté du levant, y aurait fait un grand creux, ce qui fait que personne, ni le bestial n’y pouvaient passer. Et étant nécessaire d’y pouvoir promptement, n’ayant pas le temps de faire le devis ni les criées accoutumées, ils auraient employé promptement pour faire ladite réparation Pierre Baudouin, maçon de ladite ville » (Registre des délibérations de Millau, séance du 31 décembre 1685).

De même après l’inondation de 1696, après toutefois qu’un accident ait été arrivé, la municipalité se résous à faire incessamment réparer le chemin du Monna : « Par un second a proposé que ladite rivière Dourbie, au dernier débordement a fait un gouffre profond au bord du chemin qui conduit dudit Pont Neuf au lieu du Monna et de la Roque et a si fort ruiné ledit chemin que les bestiaux de charge qui y passent risquent de se précipiter dans ledit gouffre, dans lequel un jour passé, un mulet étant tombé, on aurait eu beaucoup de peine de l’en retirer et ainsi il est nécessaire de faire quelques réparations qui rendent le chemin praticable » (Idem, séance du 24 juin 1696).

Les mêmes problèmes se posent au cours des âges, il serait fastidieux de les relater tous, en voici cependant encore deux pour illustrer la fréquence assez récurrente des dégradations dues aux inondations : « La chaussée du Pont Neuf qui empêche l’union de la rivière du Tarn avec celle de la Dourbie a besoin de grandes réparations qui doivent être faites promptement pour éviter que ledit pont ne soit inutile » (Idem, séance du 25 juin 1702), « Plus qu’il est nécessaire de réparer et fermer l’ouverture que la rivière de Dourbie a faite près du chemin public qui conduit de la présente ville au pays des Cévennes » (Idem, séance du 4 novembre 1704).

Carte postale de 1922.

Le moulin « del Rodier »

Au-dessous du « Pont neuf ou de Cureplats » se trouvait le grand moulin « del Rodier » qui appartenait à plusieurs propriétaires. La plus ancienne mention de ce moulin remonte à 1302.

Avant l’ouverture de la « route Neuve » (avenue Gambetta) en 1855, on accédait au Pont neuf (pont de Cureplats), par la rue de la Paulèle et surtout par l’ancien chemin de Montjaux à Meyrueis, la rue du Rajol. Lorsque le moulin de Rodier fonctionnait, les usagers passaient obligatoirement par l’une ou l’autre voie, en bordure de la rivière du Tarn, pour y accéder. On ne sait pas quand le moulin cessa de fonctionner, il est mentionné encore sur le compois de 1488, donnant son nom au terroir.

Voie de communication vers la Lozère

Jusqu’en 1855, date à laquelle fut tracée la route neuve, aujourd’hui avenue Gambetta qui part du Pont neuf et aboutit à la Place de la Capelle, on empruntait pour « monter en ville » comme nous l’avons dit, soit à droite, la rue de la Paulèle, soit la route à gauche du pont jusqu’au lieu dit « la croix Gaven » où l’on trouvait la rue du Rajol qui aboutit à l’angle Sud Est de la Capelle. La rue du Rajol s’appelait autrefois la « Rue du Monna ». Elle fut débaptisée de ce nom en 1883, à cause de la fontaine qui existait à l’entrée de la rue, et qui se présentait sous la forme d’un lavoir.

L’ancien chemin vicinal Millau- Meyrueis , sortait de la ville de Millau par la rue du Rajol, et le Pont de Cureplats (qu’on appelait encore le Pont Neuf, par habitude, même après la construction du Pont Lerouge). Il longeait la Dourbie. A la Gaieté, il bifurquait et escaladait les pentes du Causse Noir pour desservir l’Eglise de Saint Amans de Bouysse puis retrouvait la Dourbie après avoir traversé le village de Massebiau.

Sa largeur variait entre 2 et 3 mètres, et il n’était praticable que par les animaux de bâts. Les plus faibles inondations les coupaient chaque fois. Après la Roque Sainte Marguerite, le chemin montait sur le Causse Noir et se dirigeait sur Meyrueis par St André de Vézines et Lanuéjols. Il était considéré comme important pour Millau, car, faisait-on remarquer en 1818, c’était « la voie d’accès normale pour la Lozère ». (Délibération communale du 4 juillet 1818). Les filatures, moulins et tanneries corroieries installées à Massebiau au siècle dernier ne pouvaient qu’augmenter l’intérêt de cette voie pour la ville.

Du Pont Neuf au Pont de Cureplats

En 1855, le pont neuf fut rebaptisé « de Cureplats » et fut réaménagé. C’est certainement à partir de cette époque qu’il doit prendre son aspect d’ancien pont en dos d’âne, comme étaient alors la plupart des ponts pour se niveler. « M. le Maire expose que le chemin de Meyrueis à Montjaux dans la partie comprise entre le point extrême de l’Esplanade (la Capelle) et le Pont de Cureplats devant être fortement relevé au-dessus du niveau du sol exigera une masse de matériaux de toute espèce qu’il serait à propos de réunir. Qu’il serait à cet effet nécessaire d’acheter un terrain à proximité où seraient accumulés les décombres et déblais de la ville » (Séance du 8 décembre 1855). Ce terrain entre la place des Ouliers (la Capelle) et le Pont Neuf est acheté lors de la séance du 10 janvier 1856 (folio 18). C’est la première fois que le Pont Neuf est dit Pont de Cureplats.

Le pont, ici en 1870, avait à son extrémité rive droite (côté ville) un dos d’âne qui paraît bien gothique. Il a été supprimé en 1889.

En 1860, nous pouvons lire dans la presse locale : « Les personnes intéressées sont informées que le plan parcellaire des travaux de redressement et d’élargissement du chemin vicinal de moyenne communication numéro 1, de Montjaux à Meyrueis, pour la partie comprise sur le territoire de la commune de Millau, entre la place des Ouliés et le Pont-Neuf sur le Tarn, au confluent de la Dourbie, sera déposé pendant 8 jours, à dater du 30 décembre 1860, à la mairie de Millau, où elles pourront en prendre connaissance et fournir leurs observations. Millau, le 26 décembre 1860. Le Maire, Villa. » (Echo de la Dourbie, 29 décembre 1860).

En 1870, il semble que la future « avenue Gambetta » n’était pas encore opérationnelle comme nous le rappelle Léon Roux dans ses souvenirs : « La route neuve n’est pas terminée, elle est peu praticable. Il n’y a pas encore de maisons, sauf, à l’entrée, une grande et assez laide bâtisse à l’aspect de grange qui deviendra plus tard et successivement théâtre, église, bibliothèque. » (Notes éparses, Messager de Millau, 1933)

Des travaux sont entrepris pour l’élargissement du pont de 1888 à 1890, on supprima le dos d’âne : « Les travaux d’élargissement du vieux Pont Neuf de Cureplat sont à peu près terminés. Cette restauration, si importante, facilitera les transports qui se font par cette voie devenue bien plus fréquentée depuis surtout qu’a été réparée la route de Nant. On sait que les dépenses de ces travaux incombent au département, mais la ville y a participé pour 8000 francs » (Journal de l’Aveyron, 10 avril 1890). On refit d’autres travaux d’élargissement du tablier (fin XXe) tout en préservant et en consolidant les quatre avant-becs.

D’où vient de nom de Cureplats ?

Ce nom apparaît dans les compois millavois de 1488 et 1593. Il a sans doute désigné, à l’origine un quartier, une auberge, voire un petit relais, bien situé sur un carrefour et au bas du vieux chemin qui conduisait à « la montagne d’Embarry », c’est-à-dire au Causse Noir.

Le domaine de Cureplats appartenait à la famille des De Malrieu, bourgeois de Millau, est ainsi désigné dans le cadastre de 1668 : « Une maison, un pigeonnier, palier, vignes, four et rivage, tout joignants, à Cureplats, dans laquelle passent le chemin de Millau à Caussibols et le Pomarède et de Millau à Saint-Estève ».

Le nom cadastral a la nau que portait autrefois le quartier situé au-dessus du pont de Cureplats du côté du Tarn, nous indique qu’on passait là cette rivière au moyen de barques, avant la construction du pont.

Jours de marché vers 1870

Léon Roux (1858-1935) nous raconte : « Le spectacle des paysans et surtout des paysannes apportant ces produits, ne manquait pas de pittoresque. J’ai écrit paysans, mais nous disions campagnards. En sabots, vêtues de la robe de futaine tombante à mi-mollet, les femmes, la tête couverte d’un madras de coton à carreaux ou à palmes multicolores, un panier sous chaque bras, traversaient le pont de Cureplats.
En mai-juin, si les paniers étaient remplis de cerises roses et blanches, un peu pointues, mais de pointe arrondie, que nous appelions les « Jérusalem », les femmes venaient certainement du Mas de Trauque, le Montmorency millavois. Si les paniers étaient emplis, l’un d’œufs, l’autre de prunes de « Chypre », les femmes venaient de Massebiau, du Monna, de la Roque, de l’Olmet, et, peut-être, au fond du panier des œufs, y avait-il quelques douzaines de grosses et bien encore vivantes écrevisses pêchées la nuit dans la Dourbie.
Quelques charrettes aussi traversaient le pont de Cureplats, carrioles primitives aux roues grinçantes sur un essieu rouillé, sans ressort. Ces carrioles traînées par un mulet robuste, quoique maigre et mal étrillé, contenaient du bois. Bois d’essences diverses, rondins de chêne ou de pin, mais surtout des fagots de buis, de genévrier, de serpolet. Sous les fagots, le préposé à l’octroi, du bout du pont, s’il n’eût été mansuet, aurait pu trouver quelques paires de grives, car les carrioles descendaient du Causse Noir par le vague, pierreux, malaisé chemin vicinal qui serpente sur le penchant de la Pouncho d’Agast et les grives avaient été prises avec les tindelles. » (Messager de Millau, mai 1932).

Un courrier, ancêtre de nos cars, passe le pont.

Parfois, les choses ne se passaient pas comme prévu : « Ce matin, samedi (19 mars), à la pointe du jour les nombreuses laitières qui arrivent dans notre ville par l’avenue Gambetta, n’étaient pas peu surprises de rencontrer, malgré le froid vif et piquant de la matinée, M. le commissaire de police et ses agents ; ceux-ci les priaient poliment de vouloir bien leur permettre de vérifier le lait qu’elles se disposaient à introduire dans la ville. Toutes, en général, manifestaient beaucoup d’assurance ; une d’elles cependant, la nommée Beaumevieille, Marie, du lieudit la Pomarède, malgré ses protestations et supplications, s’est vu confisquer son bidon contenant de 15 à 20 litres d’un lait qui ne remplissait pas les conditions légales ; procès-verbal a été dressé. Une autre laitière venant, dit-on, du lieu dit Ranque Souque, arrivait au pont de Cureplats ; tout à coup elle aperçoit la police à une centaine de pas environ ; elle ne se sentait pas, sans doute, la conscience trop nette et la rencontre de M. le commissaire et de ses agents ne devaient pas lui sourire, car après avoir vidé son lait aux abords de la route, elle s’est hâtée de rebrousser chemin » (Journal de l’Aveyron, 24 mars 1887).

Quelques faits divers

1856 : Inondation. Dans la journée de jeudi, le Tarn et la Dourbie, grossis par les pluies tombées ces jours derniers et par la fonte des neiges, ont débordé et causé sur leur passage des dégâts considérables. On s’accorde à dire que, depuis 1825, on n’avait vu à Millau une pareille inondation. Le Tarn a atteint une hauteur telle que l’une des arches du pont de Cureplats avait entièrement disparu sous l’eau. (Echo de la Dourbie, 5 janvier 1856).

1885 : Accident de voiture. Un triste accident est arrivé hier à M. Refregiers, ancien maire de Paulhe. Au sortir du pont de Cureplats, sa jument qu’il attelait pour la première fois, prit peur et renversant la voiture le projeta violemment contre le mur qui borne la route en cet endroit. Monsieur Refregiers s’est fait à la tête une blessure qui fait craindre pour ses jours(Messager de Millau, 21 février 1885)

1890 : Plaisanterie de mauvais aloi. Sous ce titre on lisait dans l’Eclair du 12 février courant : « Dans la nuit d’hier, un panneau en fer forgé de la rampe qu’on place au Pont de Cureplats a été soustrait au préjudice du serrurier adjudicataire de ce travail, M. Manson.
« Est-ce le vol qui a été le mobile de cet acte, ou une jalousie de métier ? C’est ce qu’on se demande. Dans tous les cas, la police ferait bien de se livrer à une enquête sur cette affaire. » (Messager de Millau, 15 février 1890)

1908 : Un bien triste accident. Le jeune Léon Maury, âgé de 14 ans et demi, fils du sympathique fabricant de gants du Pont Lerouge, était allé se promener dimanche, en compagnie de son frère aîné en amont du pont de Cureplats. Arrivés à la prise d’eau, ces deux promeneurs virent des jeunes gens se baigner dans le Tarn. Le spectacle tenta le jeune Léon qui persuada à son frère aîné d’imiter ces jeunes gens.
En un clin d’œil les deux frères Maury s’étaient dévêtus et se trouvaient, à leur tour dans les eaux du Tarn.
Malheureusement, Louis remarqua bien vite que son jeune frère se laissait aller à la dérive. Il se porta aussitôt à son secours ; mais le courant très fort à cet endroit, les emporta tous deux et leur fit sauter la chaussée.
L’aîné se trouvant dans l’impossibilité de sauver son jeune frère qui du reste avait succombé à une congestion, s’accrocha à un des piquets de fer qui soutiennent cette chaussée jusqu’à ce que les bateliers, témoins de l’accident, purent le délivrer.
Son jeune frère était retiré à une vingtaine de mètres en aval, mais ne donnait plus signe de vie. Les parents, prévenus en toute hâte, arrivèrent sur les lieux pour juger de l’étendue de leur malheur.
Tandis qu’ils emportaient sur une couche funèbre leur fils cadet, des soins dévoués étaient prodigués, au fils aîné, qui avait failli périr victime de son dévouement fraternel (Messager de Millau, 9 mai 1908)

1908 : Accident ou crime ? Lundi (6 juillet) à la pointe du jour, des moissonneurs quittant Millau, apercevaient dans un jardin potager contigu au pont de Cureplats et en contrebas de 4 à 5 mètres, le corps d’un individu tout en sang.
Ayant aussitôt appelé du secours, le corps fut remonté sur la route et reconnu pour être celui du nommé Houstrières, dit le Russe, batelier de la Salette. Des soins immédiats lui furent prodigués, mais son état était tel qu’il dut être admis d’urgence à l’hospice.
Malgré qu’il fût en état d’ivresse, lorsqu’il s’est couché sur le parapet, le « Russe » affirme qu’il n’est pas tombé accidentellement dans le jardin, mais qu’il a été précipité par des mains criminelles (Messager de Millau, 11 juillet 1908)

1914 : « Pendant le violent orage qui a éclaté lundi, vers 4 heures du soir, la foudre est tombée en plusieurs endroits, notamment au pont de Cureplats où le poteau portant l’inscription limite de l’octroi fut brisé en morceaux. Dans une grange, près du hameau de Massebiau, la foudre a tué une brebis et le petit berger qui les gardait a été à demi asphyxié. Aux cris poussés, les sieurs Libourel et Louvety accoururent et frictionnèrent vivement le jeune berger qui se plaignait de douleurs au ventre. Il fut reconduit chez ses parents, à Massebiau ; son état n’inspire plus d’inquiétudes. La grêle a fait des dégâts dans les vallées du Tarn et de la Dourbie » (Messager de Millau, 20 juin 1914).

Marc Parguel