Pour passer la rivière côté Graufesenque à la Chapelle de la Salette, il y avait autrefois un bac. Le passeur l’avait installé précisément à l’emplacement où autrefois existait une passerelle dont on aperçoit encore la culée, sur les photographies de l’époque.

Le bac à la Salette.

Les passerelles « Los plancos » étaient faites à partir d’un arbre équarri que l’on jetait en travers de la Dourbie à certains endroits favorables. On les attachait avec des chaînes aux arbres d’une rive. Aux crues les eaux les rejetaient dans l’axe du courant. Les eaux basses revenues on replaçait la passerelle.

Les gués étaient également utilisés par les hommes et les bêtes. Il en existait encore en 1943 un certain nombre bien connus : l’un à Laumet, au Gazel, aux Faysses, aux Coustels, à Bréfuel, à Plaisance, La Salette. On traversait la rivière sur des bacs (barques à fond plat). Cependant ces moyens-là étaient très précaires et l’isolement de la rive gauche était grand. Léon Roux parle du passeur Sicard à la Salette (en 1878) qui faisait traverser la rivière « pour aller voir les fouilles exécutées à la Graufesenque par l’abbé Rouquette et l’abbé Cérès ».(Mortinou mon père, 1933).

Les accidents n’étaient pas rares, les journaux d’époque sont là pour nous le rappeler :

« Dimanche soir (15 mai 1892), vers 5 heures, M. Jules Brouillet, ouvrier gantier, se trouvait sur les bords de la Dourbie, lorsqu’il vit un groupe de 7 ou 8 personnes prendre place dans une légère barque amarrée à la rive opposée. Aux premiers coups de rame, le frêle esquif trop chargé inclina fortement d’un côté et deux jeunes filles furent précipitées au milieu du courant, très rapide en cet endroit.
Tandis que les personnes restées dans la barque poussent des cris de détresse, M. Brouillet se jette tout vêtu dans la rivière et parvient à ramener sur la berge les deux jeunes filles dont l’une était à demi asphyxiée. Ce trait de courage fait le plus grand honneur à M. Brouillet ; sur sa poitrine, une belle médaille de sauvetage serait bien placée. » (Un sauvetage, Journal de l’Aveyron, 19 mai 1892).

« Jeudi soir (31 octobre 1912) un accident qui aurait pu avoir des conséquences funestes, s’est produit au bac de Cureplats. La fillette de Mme Clair, batelière, passait plusieurs personnes en bateau, au moyen du câble, en dépit de la crue qui gonflait les eaux de la Dourbie. Tout à coup, malgré ses efforts le bateau fut entraîné par le courant et la fillette resta suspendue au fil de fer reliant les deux rives. L’un des passagers, M. Galtier, laitier, s’empara alors d’une perche qui se trouvait dans la barque, remonta ainsi péniblement le courant et fut assez heureux pour recueillir saine et sauve la jeune batelière. Nous adressons à son courageux sauveteur toutes nos félicitations. » (Au bac de Cureplats, L’Indépendant Millavois, 2 novembre 1912).

« Mardi (30 mai 1922), vers 17 heures, le bateau d’un passeur qui fait le va-et-vient entre le lieu dit « Fort Saint Jean » et le rivage de la Graufesenque, à coulé au milieu du Tarn, par quatre mètres de fond, alors qu’il était chargé de cinq personnes, au nombre desquelles se trouvait M. Sallet, commissaire de police. Aucune de ces personnes ne sachant nager, il est probable qu’il y aurait eu des victimes si des courageux citoyens, les sieurs Alric, dit le Siéjard, Déjean dit le Cirous, et Cély, n’étaient accourus avec des bateaux. Les naufragés, déjà à bout de forces, purent alors se cramponner aux embarcations et être retirés sains et sauf avant d’être entraînés plus loin par le courant. On croit que cet accident a été causé par trois chiens qui se trouvaient dans l’embarcation et ont fait perdre l’équilibre. » (Un naufrage sur le Tarn, journal de l’Aveyron, 11 juin 1922).

Au même niveau que le passeur de la Salette, se retrouvaient les lavandières qui appréciaient les eaux limpides du rivage. Nul doute qu’au cours de leurs lessives, les langues se déliaient au même rythme que les battoirs.

Lavandières et passeur.

En 1905, on envisageait de placer une nouvelle passerelle bien plus solide à la Salette. Le 8 février de cette année-là, on pouvait lire dans les registres de la mairie de Millau : « Le Conseil approuve la proposition de M. Bompaire et adopte le principe d’une passerelle sur la Dourbie à construire aux portes de Millau, quartier de la Graufesenque ».

Et ce projet est de plus en plus soutenu : « M. Bompaire étant Maire, M. Frayssinge demande la parole et lit la proposition suivante :
Mes chers collègues. Vous savez qu’il existe au bord de la Dourbie à peu près à 50 mètres de la Salette, un éperon situé au-dessus de la route. Après l’avoir examiné, nous avons eu la certitude qu’il était bâti ou sur le roc ou sur un béton ce qui nous a permis de conclure qu’en reposant la pile sur cet éperon nous en aurions les frais de construction diminués d’autant, que dès lors avec un pont métallique de 20 mètres de portée, nous arriverons assez loin de l’autre côté du rivage où alors n’ayant plus qu’un sondage à faire, nous construirions notre deuxième pile et la dépense serait moins coûteuse. L’évaluation de cet ouvrage faite par une personne qui est très compétente en la matière est de 10130 francs. Ce pont tel qu’il est indiqué dans le plan d’avant projet peut supporter le poids d’une charrette pesant 300 kilos traînée par deux chevaux. En dehors de la belle promenade que vous ouvririez ainsi sur ce côté pittoresque de la vallée de la Dourbie, vous faciliteriez l’accès aux propriétés de 102 propriétaires qui sont actuellement mal partagés comme moyen de communication ».

L’auteur ajoute qu’il faudrait prévoir avec l’imprévu une somme de 12000 francs, que les propriétaires consultés cèderaient gratuitement les terres nécessaires à ce projet et s’engageraient à payer une contribution volontaire de 4000 francs. Il demande au Conseil de prendre une décision. Et le projet est envoyé à l’étude de la commission des finances et des travaux (Délibération de la commune de Millau, séance du 8 février 1905).

La séance du 1er avril 1905 nous apprend qu’une partie des fonds ont été réunis. Finalement, c’est Massebiau qui héritera du pont. Ce n’est qu’en 1971 qu’une passerelle métallique verra le jour à la Salette afin de desservir un camping.

La passerelle actuelle.

La communauté des communes a acquis en 2008 auprès du camping de Millau cette passerelle surplombant la Dourbie et nécessitant un sérieux entretien. La propriétaire elle-même a comblé, en mars 2008 une « dent creuse » dans la culée rive droite de l’ouvrage. L’intercommunalité a pris le relais ; dès le mois d’octobre de cette même année, des travaux de génie civil ont été effectués. Une autre tranche a porté sur la reprise des rambardes et des platelages, ainsi que sur la peinture de l’ensemble. Le montant total du chantier fut évalué a 120 000 euros. (Journal de la communauté des communes, octobre 2008).

Marc Parguel