Sous le Pont des Arcs (commune de Peyreleau, Causse Noir)

Profitons de ces belles journées ensoleillées d’été, pour aller à la recherche du pont des Arcs, (ouverture 6 m, hauteur 4m20 dont 3m50 sous la voûte) sur le Causse Noir, au bout du ravin qui porte désormais son nom (Carte IGN), mais qui originellement s’appelait Ravin de la Rouveyrette (au-dessus de la ferme de la Rouvière).

Si un chemin bien tracé avec des points jaunes finit par nous y amener, c’est un long parcours qu’il faut faire à travers de nombreux sentiers qui sont cependant pour la plupart bien entretenus. Un vieil ouvrage intitulé « Par sentiers et routes » sans date, mais qui vraisemblablement, a été écrit au début du XXe siècle, puisqu’il a obtenu un prix en 1907 met en scène des enfants (Guy et Aliette Tremelven) et Marguerite Arlande leur institutrice qui partent à la découverte du Causse Noir.

Voici un résumé du chapitre consacré au pont des Arcs. Guy était assis devant la table sur laquelle sont étalés la feuille XVIII-32 de la carte du Ministère de l’Intérieur, et le beau livre souvent feuilleté de M. Martel, « Les Cévennes ». Melle Arlande, le regarde amusé en le voyant autant absorbé par ce qu’il voit sur la carte et voici ce qu’il lui dit :

« – Je lis dans le livre de M. Martel qu’il existe sur le Causse Noir, entre la Rouvière et Puech-Margue, un pont naturel des plus curieux, le Pont des Arcs, dont la découverte est impossible sans un guide. Voulez-vous que nous allions à sa recherche, bien décidés, absolument décidés à fouiller tout ce coin du Causse Noir, malgré la fatigue, jusqu’à ce que nous l’ayons trouvé.

– C’est cela ! c’est cela ! s’écria Aliette joyeuse.

– Voici comme nous procèderons, pour plus de sûreté, reprit Guy. D’après M. Martel, ce pont se trouve à l’extrémité de Peyreleau ; et je vois sur la carte que ce ravin forme avec ses affluents, à 3 kilomètres de Peyreleau, une sorte de patte d’oie. Nous suivons méthodiquement chacun de ces ravins, qui ne me paraissent pas dépasser quelques 3 ou 400 mètres, et ce serait vraiment jouer de malheur si, opérant ainsi, nous ne finissions pas par arriver au fameux pont. »

Le pont des Arcs.

Je ne détaillerai pas ici les péripéties survenues à nos courageux randonneurs lors de leur balade à travers le causse, mais au programme, ils trouvèrent trous, crevasses, pentes couvertes de pierrailles, dalles obliques et glissantes, tout était fait pour épuiser leurs jeunes jambes alertes.

Arrêtons-nous un instant pour lire ce qu’écrivait E.-A. Martel au sujet du Pont des Arcs : « Le Pont des Arcs. (Prononcez Arts). A 2 kilomètres 500 au sud (à vol d’oiseau) du point 815, A. Fabié (notaire et maire de Peyreleau) nous conduisit autrefois (23 juin 1889) à ce pont naturel presque en haut du ravin de la Rouveyrette, à 1500 mètres à l’est du hameau de Puech Margue, entre les côtes 811 et 808 ; ouverture, 6 mètres ; hauteur, 4 mètres.20 (dont 3 mètres 50 sous voûte) ; le tablier n’a que 0 mètre 70 d’épaisseur, large de 1 mètre 50. Les charrettes peuvent passer dessous. Site impossible à trouver sans guide » (Les Causses Majeurs, p. 278, 1936)

Sous le pont.

Continuons la lecture du récit de nos intrépides randonneurs :

« – Voici des marques de roues ; nous sommes donc arrivés sur un chemin carrossable.

– Qui l’eût cru ! interrompit Guy.

– Or, continua la fillette, puisque M. Martel annonce que les charrettes passent sous ce pont naturel, et que nous nous trouvons certainement, d’après ces indications, au voisinage de cette curiosité, comme les chemins carrossables ne doivent pas être nombreux par ici, je pense que celui-ci nous conduira au but.

– Tu peux dire vrai, approuva Mlle Arlande. Suivons-le donc, et pour le sens…au hasard, puisqu’il n’y a pas moyen de nous décider autrement. Il fallait un flair de Peau-Rouge pour ne pas perdre les traces de roues, qui disparaissaient fréquemment sur les pierrailles ou dans les clairières recouvertes de bousserolles ou tapissées d’une herbe courte et d’odorants serpolets ».

Après avoir fait la rencontre d’un berger qui leur indiqua le sentier, les promeneurs découvrirent le Pont des Arcs.

« Rien de grandiose, d’ailleurs, dans ce très curieux jeu de la nature. Mais ce pont de près de quatre mètres, jeté entre deux murailles symétriques qu’on croirait élevé de main d’homme, est remarquable par une régularité telle que difficilement on se l’imagine travaillé par les eaux. » (S.-N. de Montille, Par sentiers et routes, p. 137 à 145).

Ce pont naturel « précieux témoin des érosions dues au cours d’eau tertiaire » (Martel) est de nos jours encore bien difficile à trouver. Il est situé non loin de la ferme de la Rouvière.

Désormais, il n’y a plus de charrettes pour passer dessous, mais malgré son vénérable âge, on peut aisément y monter dessus.

Marc Parguel