Saint Jean des Balmes (commune de Veyreau, Causse Noir)

L’église de Saint-Jean-des-Balmes (Sanct Johan de las Balmas) se trouve à l’extrémité ouest de la commune de Veyreau à 300 mètres au nord de la Roujarie, au carrefour de l’ancien chemin de Millau à Meyrueis, par le plateau du Causse Noir et de celui de Peyreleau à Lanuéjols par la côte Saint Jean. Elle se dresse au fond d’un amphithéâtre de rochers de 300 pas de diamètre.

Saint Jean des Balmes vers 1970.

Albert Carrière la situait proche de maigres pins rabougris. Cela a bien changé ces trente dernières années, car la végétation a considérablement repris le dessus, l’église n’est même plus visible de la route. Excentrée, elle eut à souffrir des routiers (1376-1379), des guerres de religion (église en partie ruinée lors du passage des protestants en septembre 1568), des vagabonds, puis de la désertion de tous ses paroissiens à la fin du XVIIe siècle, et échappa de peu à une ruine complète.

L’église en 1889 (Fonds ancien société des Lettres, sciences et Arts de l’Aveyron, restauration M.Parguel)

Du XIIIe au XVIIe siècle, les habitants de Peyreleau et de Saint-André-de-Vézines venaient à Saint Jean des Balmes, mais à partir de 1630, suite à l’assassinat du curé Albat, et vu l’insécurité des lieux, les habitants de Veyreau envisagèrent de déplacer leur lieu de culte à Veyreau, on agrandit la petite église de Saint-André, et on alla a la messe à Notre Dame de Mirabels à Peyreleau.

Louis Bion de Marlavagne (1820-1880) décrit l’église telle qu’il la découvre en 1860 : « L’église romane fort ancienne, nef étroite, abside polygonale, un vaste autel bâti avec chaux et sable, de chaque côté deux petites croisées : celle de gauche est formée par une arcade plein cintre ; celle de côté droit a une arcade trilobée. Le chœur est plus bas que la nef, nef droite, trois arcades de chaque côté formant trois travées. Voûte en berceau, trois arceaux saillants dont les retombées viennent s’appuyer sur une espèce de pilastre tantôt se terminent en forme de consoles. Tout ce que nous venons de décrire est du roman le mieux caractérisé. Au bout de la nef s’élève la tour carrée qui forme le clocher. Il a trois étages et se termine par un toit quadrangulaire. Deux ouvertures formées par deux arcades en plein cintre sur chacune des 4 faces, etc. »

Il oublie de dire qu’on monte au clocher par un escalier extérieur à la tour carrée, que le premier étage était considéré comme un abri où le notaire passait maints contrats (ex : quittance du 30 mai 1790, Duranc notaire à Peyreleau) et où les paroissiens se réfugiaient en cas de mauvais temps. Il ne mentionne pas la chapelle d’Adéodat Héran dédiée à la Sainte Vierge (1439) et celle d’André Benezech, curé du Maynial (1557). Ce dernier repose au milieu de l’église de Saint Jean.

Le clocher est vraiment beau. Il est constitué par un dôme à quatre pans, troué sur trois faces (Sud, Est et Ouest) par 2 baies de 60 cm de large et 2 mètres de haut environ. L’ensemble constitue une chambre carrée de 2m60 de côté. Aucun retrait, aucune encoche dans les murs ne permettent de se faire une idée de la manière dont les cloches étaient placées.

Elles étaient suspendues probablement sur une charpente reposant sur la voûte et tout à fait indépendante des murs. Les cloches furent emportées lors des guerres de religion, une autre provenant de l’église de Veyreau fut placée en 1905 et volée en 1928. C’est Charles Jacob, curé de Veyreau qui en 1889 sauva Saint Jean des Balmes d’une ruine certaine.

Charles Jacob (1829-1898)

Il acheta l’antique église le 21 mai 1889 pour la somme de 8.000 francs, restaura à l’aide d’une souscription la chapelle Sud et remit le pèlerinage en route en 1892. En 1914, Albert Carrière rendit un peu d’âme à ce lieu en retraçant son histoire d’une fort belle manière dans un cahier dont diverses copies ont été déposées dans nos archives. Il s’interrogeait déjà à cette époque sur son passé en dressant un intéressant état des lieux. Ainsi, au début du XXe siècle, il n’y avait dans le cimetière qu’une croix en bois, inaugurée en 1900, mais on ne trouvait aucune dalle funéraire.

Vers 1940

Un article de presse paru dans les années 1960 indiquait que les dalles avaient été volées et qu’elles étaient parties dans la vallée pour paver les terrasses.

La porte d’entrée de style renaissance avait été aussi emportée pour servir d’entrée à une boulangerie de Peyreleau. Les tuiles commencèrent à être enlevés dès la Révolution ce qui provoqua à la fin du XIXe siècle, l’effondrement de la nef. Quant au presbytère, on voyait encore ses ruines en 1900. Il n’en reste plus rien. Jadis, il y avait aussi un enclos au sud de l’église appelé « jardin du prieur », un claustra où un testament fut passé dans la cuisine du claustra de Saint Jean des Balmes le 20 octobre 1458 , une maison de la confrérie (1565)…

Où gisent ces ruines ? Nul ne le sait. Ce qui semble certain, et comme le souligne Pauline de la Malène, c’est que « le logis presbytéral et diverses dépendances dessinaient un quadrilatère fermé autour d’une cour intérieure, où les fouilles ont mis au jour des sépultures : la présence de vases funéraires à permis de les faire remonter au XIe siècle. Ce patio, où a été retrouvé une base de colonne romane réemployée, aurait peu être transformé en cloître quand exista la fraternité des prêtres ».

Mai 2019.

Nombreux sont les touristes qui viennent admirer Saint Jean des Balmes, et communier avec la nature, mais ce haut lieu dont les plus anciennes mentions remontent au XIe siècle (1075) mériterait qu’on s’y attarde davantage. Après les restaurations entreprises à l’église de Pinet (toiture en lauzes recouvrant la nef), la restauration complète de la ferme de Roquesaltes, ne pourrait-on pas refaire la couverture en lauzes qui s’est effondrée il y a cent vingt ans et qui n’est due qu’à l’incurie des hommes ?

Marc Parguel