A quatre kilomètres au sud-ouest de Millau, nous trouvons un bout de monde équivalent à celui du Brias, connu anciennement sous le nom de Cul d’Ifer, désormais comme cirque du Boundoulaou dont le nom signifie : insecte qui bourdonne, ici employé par analogie avec le bruit sourd d’un petit ruisseau souterrain. L’été il prend sa source vers l’amont, dans son lit même ; en temps d’orage, l’eau jaillit en cascades d’une grande falaise plus haut placée.

C’est le bruit de cette chute d’eau, fortement amplifié par ses échos sur les parois du vallon, qui a fait choisir l’onomatopée Boundoulaou. La falaise du Boundoulaou se replie à angle droit. Sur sa face nord se montrent trois ouvertures. L’inférieure donne passage à l’eau par fortes pluies. Lors des trombes d’équinoxe, la galerie qui débouche au-dessus sert parfois de trop-plein. La supérieure, plus vaste que les autres, est l’entrée de la caverne, mais une entrée difficile à trouver et fort vertigineuse… Sur la face ouest une grande ouverture, à 13.5 mètres au-dessus du pied de la falaise, inaccessible sans échelle, communique avec l’ensemble précédent.

Entre 1987 et 1990, on plaça une échelle métallique pour faciliter l’entrée de la grotte, mais le site jusqu’ici peu fréquenté, fut victime de son nouvel aménagement et de dix visiteurs par an en 1975, on passa à plus de 1000 visiteurs en 1989 dont 600 rien que pour le mois d’août. Étant donné que cette grotte abrite une des plus importantes colonies de chauves-souris, et afin de protéger l’équilibre biologique du milieu souterrain, on supprima l’échelle métallique en août 1990.

Explorations

Signalée en juin 1892, par MM. Bergonié et Guibert, la grotte du Boundoulaou fut visitée par Edouard-Alfred Martel qui profita des échelles placées par les exploiteurs de guano.

En effet, fin XIXe la grotte fut exploitée pour le guano de chauve-souris, excellent engrais végétal. Le célèbre explorateur trouva des preuves incontestables qu’elle servit d’asile à l’homme dans les temps les plus reculés et reconnut un curieux réseau de galeries et de salles, dans la galerie Nord :  « à 525 mètres un ossuaire préhistorique qui donna dans le sable de rivière et l’argile, les restes de sept individus (trois têtes intactes. Une des têtes était recouverte d’un grand fragment de poterie comme si l’individu s’en était coiffé… » (E.-A.Martel, Causses et Gorges du Tarn, 1926). La traversée jusqu’à l’orifice Nord est difficile dans une galerie tortueuse et siphonnante (longue de 220 mètres).

Il fut arrêté par un lac à l’eau profonde et à la voûte surbaissée.

Entrée du Boundoulaou en 1942.

En 1942, Louis Balsan put franchir cet obstacle : un couloir de 80 mètres y fait suite, bouché toujours par l’éternelle voûte mouillante. La grotte du Boundoulaou est, au point de vue hydrogéologique, l’une des plus intéressantes des Causses. La visite de son bassin d’alimentation, sur le plateau, est tout un enseignement. C’est un spectacle impressionnant que de voir le couloir inférieur couler à plein bord : il a pourtant plus de deux mètres de diamètre ! Au mois de mars 1933, on pouvait admirer son trop-plein supérieur en fonction : la pression de l’eau était si forte que la cascade éjectait, dans un vacarme effrayant, de gros blocs de rochers !

Cascade du Boundoulaou (© Vincent Birot)

Comme le note Jules Artières : « Il est probable que ce lieu de refuge aux temps préhistoriques aura servi aussi de retraite au temps de Charlemagne ». (Messager de Millau, 24 août 1907). Ce fait est désormais confirmé.

L’intérêt archéologique de ce lieu n’est pas moindre.

Du Néolithique (3.500 av. J.-C.) jusqu’au Ve siècle, cette grotte fut occupée de façon continue par l’homme. Divers couloirs de l’ensemble ont été utilisés, depuis les époques préhistoriques, comme habitat et sépulture.

Au néolithique moyen appartiennent, lamelle en silex blond, hache plate en fibrolithe et fragments de vases avec mode de suspension multifaces, propres à cette période.

Quelques tessons à cordons lisses indiquent une occupation au cours de l’âge du cuivre.

L’âge de bronze est bien représenté avec des objets métalliques : bracelets, pointe de lance à douille, pointe de flèche pédonculée et une abondante céramique caractéristique.
Les périodes historiques sont représentées par une dizaine de monnaies, dont une en or d’Anastase 1er, des haches en fer, de la céramique sigillée claire, des tégulae.

La Roque de prix

Au Moyen-âge la grotte était connue sous le nom de Roque de Prix (Roca Priscio qui n’est autre que l’entrée ouest de la grotte du Boundoulaou) et servait de refuge. Il s’agissait d’une « forcia » comme l’indique J.-Y.Boutin : « La forcia était bien un refuge où le donateur dit que « lui et ses ancêtres avaient l’habitude de se réfugier en ce lieu contre les malfaiteurs ».

Comme le mentionne Albert Carrière : « Une charte du monastère de Conques de l’an 801 porte qu’un seigneur nommé Leutade donna à ce monastère la villa de Priscio ou Pris confrontant la terre de Creyssel – terra creyssellense- ainsi que le rocher dans lequel lui et les siens avaient coutume de se réfugier pour se mettre à l’abri des brigands (vobis dono similiter per gentes néfandas incastellure consuevimus). L’entrée de l’orifice occidental est curieusement pourvue de quelques marches artificielles. Des tas de cendres n’étaient pas loin, preuve de cet ancien habitat. Les Romains connurent, certainement cet antre puisqu’ils établirent un atelier de poterie samienne à Raujolles dont l’abbé Hermet a découvert les fours et des tessons. Les artisans gallo-romains trouvaient là la marne et l’eau, matières premières de leur industrie. C’est pour la même raison que les briquetiers s’y sont installés de nos jours. Tout près de « Boundoulaou » se trouve la ferme de St-Martin qui fut très anciennement le siège d’une petite paroisse St-Martin de-Pris. Reprenons l’histoire de plus haut. Il est probable, pour ne pas dire certain, que la mystérieuse « dous » du « Boundoulaou » frappa l’imagination des primitifs qui la divinisèrent et y établirent un sanctuaire auquel succède un ermitage puis la petite église Saint-Martin de Pris. » (Par monts et par vaux, Midi Libre, 14 juin 1953).

Canal aménagé drainant les eaux du Boundoulaou.

Cette grotte est aujourd’hui inaccessible à moins d’être équipé. C’est un lieu de vie d’espèces animales protégées, notamment les chauves-souris. Un arrêté préfectoral de protection du biotope a été émis le 1er juillet 1992. A l’entrée, un panneau vert nous informe que les visites du réseau souterrain de la grotte sont interdites du 1er mars au 30 octobre.

Marc Parguel