Protégée bien qu’abondante sur les Causses, dont elle est la plante symbole, la Carline à feuilles d’acanthe (Carlina Acanthifolia) ou Cardabelle, cœur des belles est remarquablement adaptée, avec ses épines qui la défendent des moutons. Bien des randonneurs se promenant sur le Causse pendant les mois d’été ont rencontré cette plante qu’ils prennent souvent pour un chardon. Elle est tout aussi visible sur les Causses arides, sur le plateau du Larzac que dans les Corbières et les Pyrénées Orientales, on la rencontre de 500 à 2000 mètres d’altitude.

Elle pousse uniquement au ras du sol : on voit alors toute une couronne de feuilles avec au centre un gros capitule jaunâtre et soyeux. Ce capitule, tout au moins ses bractées, est « mécanique » : la nuit et quand le temps est à la pluie, elles se referment pour protéger la plante, et au contraire lorsque le temps est sec et ensoleillé on voit les bractées qui s’écartent et laissent apparaître la plante dans toute sa beauté.

On prétend que les feuilles hérissées de pointes réagissent, même mortes, à l’humidité et à la sècheresse. C’est en raison de cela que nous en voyons beaucoup de crucifiées sur les portes des maisons de village où, séchées, elles servent toujours de baromètre. Accrochée aux portes des bergeries, elle protège des mauvais sorts. Elle serait utilisée aussi pour carder (peigner, démêler) la laine des troupeaux.

Dans le dictionnaire nous apprenons que le nom de Carline vient du roi Charlemagne, parce que « de ceste herbe son exercite fut gueri de la peste » (O.de Serres, XVIe siècle, cité dans le dictionnaire Littré).

Ceci est également relaté dans le récent livre intitulé « La flore du Causse Noir » :

« L’histoire raconte qu’un ange serait apparu à Charlemagne, qui lui aurait dit de se servir de la Carline pour guérir son armée atteinte de la peste (ce qui lui aurait valu le nom de « chardon angélique ». Nos grands-mères qui ne craignaient pas de se piquer récoltaient la « cardabelle », nom qu’elle porte sur le Causse Noir pour la préparer (le réceptacle) à la manière des cœurs d’artichauts ce qui était un plat très apprécié. Elles en faisaient aussi d’excellentes confitures pour le régal des enfants » (René Pical, la Flore du Causse Noir, 2001).

Le nom de Cardabelle vient quant à lui, de ce qu’on mangeait le cœur du chardon jeune puis on cardait la laine avec son cœur épineux. Pline l’ancien (23 ap.J.C.- 79) disait au sujet de ses propriétés : « On dit aussi que la racine de n’importe quelle espèce de chardon, bouillie dans l’eau, augmente la soif même quand on boit. Le chardon fortifie les estomacs fragiles. Il est très bon pour la matrice et, si l’on en croit sa réputation, il favorise la conception des garçons ou d’animaux mâles. C’est l’opinion prêtée à Charéas par Glaucias, l’auteur qui paraît avoir poussé le plus loin l’étude du charbon » (Pline l’Ancien, la vertu des plantes, histoire naturelle).

Toute la plante peut servir aussi pour faire cailler le lait. Elle soigne les plaies, les ulcères, car c’est une bonne plante pour la cicatrisation. Efficace contre la grippe, l’acné, l’eczéma, etc.

Le journal « Midi-Libre » dans ses colonnes indique sous le titre « Conte fleurette, la bonne étoile porte-bonheur » : « Très décorative, la Cardabelle est également censée protéger le foyer des ténèbres et apporter bonheur à ses occupants. Mais, gare, elle est tellement cueillie qu’elle pourrait bien finir par disparaître, si l’on n’y prend pas garde » (Jacques Bruyère, Midi Libre, 17 juillet 2003).

Marc Parguel