Promenons-nous dans Millau : Circuit C (1/2)

Cette nouvelle déambulation commence rue du Prêche et se terminera au fond de la rue Peyrollerie, pour 33 curiosités.

CIRCUIT C – VIEUX-MILLAU-OUEST (partie 1)

Les protestants cessèrent leurs dévotions dans l’église des Jacobins en janvier 1566. Ils élevèrent un temple sur un jardin rue du Prêche, vocable qui rappelle leur présence de 1566 à 1598 (Révocation de l’Edit de Nantes par Henri IV).

Aujourd’hui l’on peut voir une ancienne maison à pans de bois, rare dans notre ville : trois sablières porteuses et huit poteaux de remplissage (ou colombes) encadrant les baies. Le remplissage est en hourdis de tuf, pierre choisie pour sa légèreté.

Portail du n° 2 de la rue de l’Ancienne Commune.

Dès 1278, les Consuls qui siégeaient précédemment dans l’église St Martin partirent s’installer au milieu de cette rue (à droite en descendant), dans ce que l’on dénomma alors « la maison commune » (ancêtre de l’Hôtel de Ville). Après démolition et reconstruction, le bâtiment perdura jusqu’à la Révolution.

Au n°2, un portail avec corniche curviforme sur pilastres a-t-il succédé à l’entrée de la première église des Jacobins ?

Juste au-dessus, au n°12, les Domicains pouvaient aller de l’église à leur logis et verger-jardin attenant (emplacement de la Place Emma Calvé) par une passerelle enjambant la rue bien plus étroite qu’actuellement. Ce pontil existait encore en 1924 (dixit J. Artières)

Au n°11 de la rue St Martin, le presbytère conserve une baie à deux arcs géminés soutenus par une colonnette à chapiteau à palmettes. Dommage qu’elle soit aveugle !

L’église St Martin, au passé bien mouvementé, était la première église paroissiale, avant Notre Dame. Ensuite elle accueillit les consuls jusqu’en 1278, une communauté de prêtres au siècle suivant : démolie par les calvinistes en 1561, et 6 ans après les ruines furent transformées en magasin d’artillerie. Les Pénitents Blancs la relevèrent en 1707, mais ce n’est qu’en 1876 qu’elle redevint église paroissiale. Sa toilette continua par la réfection de la façade (1914) et la construction du clocher (1927).

Dans le square de la rue St Martin sur l’emplacement de sa maison détruite inutilement lors de la « trouée » de la rue ces dernières décennies, est érigé en souvenir, le buste d’une gloire de notre région : M. Louis Gabriel Amboise vicomte De Bonald. Il fut maire de Millau lors des années révolutionnaires, de 1785 à 1790 et aussi Pair de France, ministre d’Etat, membre de l’Académie Française et même mousquetaire du Roi (1772 /76) !
Il naquit à Millau, sa famille résidait au château du Monna ; il fut un grand penseur et moraliste dont certains écrits font encore écho aujourd’hui. Il mourut en 1840 à 86 ans.

Au n°22 de la rue des Pénitents, ce linteau avec triglyphes et fleurons d’époque Renaissance n’est pas à sa place d’origine (réemploi) ? Sinon le portail d’autrefois a-t-il disparu pour celui plus moderne à fonction de garage ? Vous aurez noté la similitude de décor avec les deux portails de la Place Lucien Grégoire. La rue des Pénitents tire son nom de la présence de cette confrérie (Frères du Sac ou de la Pénitence) à l’église St Martin voisine de 1709 à 1793 puis de 1819 à 1876.

A l’angle des rues du Voultre et des Pénitents, une rare maison à encorbellement. Au XVIIe s. c’était une hôtellerie, et dans les années 70, une boulangerie. Dommage que le crépi recouvre la partie à l’étage qui doit être à colombages et torchis ?

En descendant la rue du Voultre, à main droite au n°12, à l’étage, une tête féminine sculptée nous surveille. Depuis quand est-elle là ?

Idem ce Putto joufflu sur la façade du 29 rue du Voultre, assez haut placé, dont nous ignorons l’origine.

L’ancien hospice a sa façade boulevard Richard. Il existait dès le XIIe s. il fut qualifié d’Hôpital Mage, en 1725 d’Hôpital Général, ensuite d’Hôtel Dieu. Les deux ailes du bâtiment sont plus récentes, début et fin du XIXe s. noter un petit beffroi central accueillant cloche et horloge et une chapelle. Malgré les bons soins prodigués aux malades et nécessiteux, certains décédaient ; les sans famille étaient enterrés dans la cour, puis un cimetière succéda sous la porte St Antoine, enfin l’on enterra sur la Place Bompaire.

La Place Bompaire actuellement en travaux fut le cimetière de l’Hôpital puis en 1782 celui de la ville – en remplacement du cimetière de Notre Dame qui empiétait sur la place publique -. A côté, au n°85 du boulevard de l’Ayrolle il y eut de 1862 à 1970 environ une forge de maréchal-ferrant. Par la suite la forge éteinte, M. et Mme Bernicola y tenaient jusqu’en 2015 une brocante. Le balcon du 1er étage est soutenu par cette console de pierre ouvragée.

Le boulevard de l’Ayrolle fut créé sur les fossés comblés avec les pierres des remparts démolis au début du XVIIIe s. des maisons bourgeoises et des monuments s’établirent sur la partie ouest – côté lavoir -. Au n° 42, se trouvait de 1832 à 1858 l’établissement pour l’instruction des jeunes filles : les dames du Saint Sacrement (ou Sœurs de Mâcon). Aujourd’hui, une terrasse est longée par un garde-corps de fonte typique du début des années 1900, où l’on représentait des détails végétaux ou scènes romantiques, comme nous le verrons sur bien des immeubles des avenues périphériques.

Le lavoir dit de l’Ayrolle fut édifié en 1749 suite au désir de M. Lescalopier, intendant de la Généralité de Montauban. Il est constitué d’un portique semi-circulaire à neuf arches. La façade est en trois portiques sur pilastres, fronton curviligne entourant les armes de la ville abîmées en 1793, couronnement de balustres. Le toit d’origine s’écroula en 1772 et ne fut pas relevé. La grille forgée à l’avant de l’enclos, est une partie de celle qui ceinturait le monument de la guerre de 1970 sur la Place du Mandarous – œuvre du serrurier Brengues en 1903 – Ce lavoir était alimenté par l’eau de Vézoubies (Mère de Dieu), venant en amont du parc du château de Sambucy.

Une tête sculptée encadrée de feuillages est encore visible sur la clef de l’arche centrale. Certains y voyaient une tête d’indien…

Au n°32 boulevard de l’Ayrolle, cette agrafe de linteau indique un statut de notable du premier propriétaire. Le rouleau de parchemin qualifiait souvent une profession libérale.

A SUIVRE