Promenons-nous dans Millau : Circuit A (1/3)

Le centre historique

L’œuf du Vieux Millau est limité par la ceinture des cinq boulevards sur l’emplacement des remparts détruits. La plupart des rues sont bien plus étroites que le laisse supposer le plan, une bonne partie des rues médiévales est encore fort heureusement en place.

Visite du Centre Ancien

Pour ce faire, j’ai partagé « l’œuf » en quatre quartiers, de 1h à 1h30 par balade (hors visites).

Je vous invite à traîner dans le lacis des venelles dont les tracés remontent à la période médiévale. Regardez et imaginez cette vieille ville enserrée dans ses remparts, dont les constructions « évolutives » devaient s’adapter aux familles nombreuses, aux indivisions, au besoin toujours croissant d’espace pour accéder à un soupçon de confort. La mitoyenneté était la règle et cette promiscuité occasionnait bien des conflits de voisinage, voire familiaux. Alors, voyez ces excroissances voûtées par-dessus les rues en porches, voultres, couverts, arcades ; l’amputation des puits de lumière qu’étaient les cours intérieures (patios) par l’emprise des escaliers, appentis, remises, bergeries, porcheries… car beaucoup d’habitants avaient un « troupélou » vivrier. Les escaliers débordent encore dans les ruelles par deux ou trois marches, et par une porte en plein cintre montent raides à l’étage, lieu de vie. Les portes aux arcs en berceau surbaissé et piédroits raccourcis, au raz du sol, avec deux marches taillées dans la chaussée, ouvrent sur la cave. Les siècles passants, ces accès sont devenus rectangulaires ; certains avantageusement agrandis ont permis des échoppes, ateliers, ou abris pour le menu bétail.

Le carcan des fortifications obligea certaines communautés monastiques, les casernements, les hôtels, à s’établir en périphérie. Détruits lors des conflits armés, ils étaient rebâtis la paix revenue.

Comme tant d’autres villes, Millau abattit ses murailles et créa à leur emplacement la ceinture de boulevards dits « extérieurs ». On perça quelques rues pour désenclaver le centre ancien, tels le boulevard Sadi-Carnot, la rue Clausel de Coussergues, et plus récemment « la trouée St Martin ». Par destruction de jardins, bâtiments, les places Emma Calvé et des Halles virent le jour.

Il serait temps aujourd’hui de se réapproprier la vieille ville, notre mémoire, et d’entreprendre des rénovations plutôt que des destructions. D’autres villes ont su le faire et en tirent parti commercialement par le tourisme à l’exemple de Figeac.
Puissent ces balades de la partie historique contribuer à cette grande œuvre de connaissance, prise de conscience et mise en valeur.


CIRCUIT A – NORD-EST (partie 1)


Départ circuit : Place Maréchal Foch

La vieille Place fut appelée Place Mage au Moyen-âge, Place d’Armes au XIXe s. Place de l’Hôtel de Ville au début du XXe s. enfin Place Maréchal Foch entre les deux conflits mondiaux, mais les Millavois l’appellent Place du Marché, ou la Vieille Place.

Le cimetière jouxtant l’église paroissiale Notre-Dame empiétait sur l’espace (devant l’actuelle école P. Bert) jusqu’en 1782.

Place Foch.

Dès le Moyen-Age la place fut le centre politique de la Cité. Tous les rassemblements importants s’y tenaient dont les cérémonies tant religieuses que civiles. Prédications, processions, fêtes religieuses, serments des consuls, adoubements, défilés militaires, autodafés lors des guerres de religion et à la Révolution Française. La justice y exposait au pilori les condamnés.

Mais la place était aussi le centre économique par les foires et marchés rassemblant population locale, marchands et ruraux.

La fontaine de la Place Foch

Au centre de la place trônaient le pilori, la Pierre Foiral (sesteyral, mesures à grains), une fontaine dont les armoiries furent abattues à la Révolution, une grande croix déplacée vers le Nord et toujours là.

En 1835, aux frais des habitants du quartier, fut érigée la fontaine dans le style Premier empire. Bassin, colonne rectangulaire ornée de griffons, et têtes vomissantes, couronnes de gloire et cratère sommital aux anses à buste guerrier gaulois.

L’eau courante absente des logis, bêtes et gens venaient s’y approvisionner.

Halle au blé – clocher de Notre-Dame

Trois édifices se succédèrent sur l’emplacement de l’actuelle école Paul Bert.

La halle ancienne composée d’une galerie voûtée sur trois piliers. Elle accueillit en 1738 les mesures à grains, huit pierres évidées et cerclées de fer, sises précédemment sur la place. Elle devint ainsi la « Halle au blé ».

  • En 1836 ce sesteyral fut déménagé sous les arcades-nord, et l’on construisit une nouvelle halle à cinq travées.
  • En 1904 du fait de l’élévation des nouvelles halles métalliques proches, on obtura les arcades pour créer l’école Paul Bert.

Le clocher de l’Eglise Notre Dame fut abattu par les calvinistes en 1569, et rebâti au XVIIe ; la flèche démolie lors des troubles révolutionnaires fut reconstruite en 1809 et frappée par la foudre le 7 octobre 1920. Ce clocher à la décoration du néo-classicisme est dit de style « toulousain ». La tour octogonale est couronnée d’une balustrade sur consoles. Les ouvertures en arcs surhaussés sont jumelées au deuxième niveau et ornées de frontons triangulaires au troisième. La première horloge fut installée en 1503.

Couverts N /W – inscriptions – tables

Une table basse monolithe a pu servir d’étal en période médiévale.

A droite : GUARA Q FARAS (Prends garde à ce que tu feras)

Le troisième pilier à partir de l’angle de la rue Sarret est assez curieux. Sur trois faces du tailloir du chapiteau sont gravées des inscriptions de mise en garde adressées aux larrons potentiels. Alors que le pilori et les ceps étaient situés en d’autres lieux de la Place, ont-ils été placés là ensuite ?

A gauche : E NAN QUE COMMENCES (Avant de commencer). A droite : ANO M… (Année mille).

Colonnes jumelles et armoriées

A la percée de la rue Clausel de Coussergues en 1896, l’on démolit le bâtiment et les piliers. Cent ans plus tard, on rebâtit pour revenir à la disposition d’origine (ici au milieu de la colonnade).

En amont du passage de la rue, un chapiteau est décoré de quatre écus et autant de têtes, le tout martelé. Cet acte de vandalisme a-t-il été perpétré lors des troubles religieux ou révolutionnaires, mais un écusson a gardé deux initiales AR … que nous allons voir réapparaître sur le dernier pilier de l’enfilade !

Les deux chapiteaux côte à côte, sont ornés de feuillages. Ils accréditeraient la thèse de leur provenance d’églises et chapelles saccagées par les calvinistes (Pénitents, jacobins, Notre Dame, Cordeliers, Carmes) mais sans certitude.

Têtes de l’enfilade Ouest

Les têtes sur les piliers du Bar des Colonnes sont de factures différentes et montrent des restaurations.

Pourquoi toutes ces têtes sont-elles dans l’angle sud-ouest ? Regards du peuple près de la table ronde, pierre placée là au Moyen Age, où les Consuls venaient prêter serment, et décider d’affaire d’importance… certains y verraient les têtes des bienfaiteurs des couvents des Carmes et des Cordeliers dont les chapiteaux auraient été véhiculés ici lors des destructions qu’engendrèrent les guerres religieuses…

Les initiales – déjà repérées sur un écu – et la date sur le tailloir du dernier chapiteau – côté Place Lucien Grégoire – sembleraient prouver l’ancienneté de ces érections, et les initiales du sculpteur.

Couvert Sud

Les colonnes du Couvert Sud ont beaucoup souffert des outrages du temps. Cette tête réaliste a pu être conservée.

Aux deux angles du bâtiment abritant aujourd’hui une boucherie et sous le toit, deux gargouilles de zinc déjà en place sur une photo de 1910 dans le livre « Un siècle d’images millavoises », crachaient l’eau sur les passants au-dessous (douche gratuite) !

A SUIVRE…