C’est sous cette appellation que Georges Girard (1919-2009) désignait la tête sculptée trônant au numéro 2 de rue du Général Thilorier, entre les dormants de deux fenêtres du deuxième étage, sous l’avancée du toit.

Au cours d’une visite guidée de Millau pour les journées du Patrimoine, le 21 septembre 2002, s’arrêtant devant une porte majestueuse, il nous montra du bout de sa canne, cette heureuse découverte qu’il fit quelques mois auparavant.

« Regardez là-haut, est-ce un homme ou une femme ? » Une personne de l’auditoire répondit alors : « C’est un homme, il a une barbe ! »

A l’angle nord-est de la Place des Halles, au numéro 2 de la rue Thilorier.

Tous les yeux se tournèrent alors vers cette tête qui avait, à l’abri des intempéries, traversé le temps. Et notre guide nous donna quelques explications : « C’est un homme, en effet, il a les cheveux ondulés légèrement. Alors d’où vient cette tête, ah ! ce n’est pas celle de Louis XVI, elle n’est pas descendue jusqu’ici même en roulant. On ne sait pas. C’est la grosse énigme. »

Cette tête sculptée, placée volontairement en hauteur, et sous l’avancée d’un toit afin de la protéger des intempéries est définie ainsi par Françoise Galès : « La figure en remploi est fichée au deuxième étage d’une maison ayant fait l’objet d’une procédure d’alignement. Elle représente un homme au fort modelé, la bouche entrouverte, aux grands yeux expressifs, et à la chevelure ondoyante. Datable du XIVe siècle sans doute, il montre un vrai savoir-faire ». (Millau au Moyen âge, 2015).

La rue du Général Thilorier dans laquelle on peut l’apercevoir portait autrefois le nom de « Rue d’Engrailhe », en mémoire d’une famille importante qui habitait ce quartier. Mossenhem Guilhem Gralha fut un bienfaiteur des pauvres qui donna sa maison aux établissements de bienfaisance en 1323. C’est sans doute à partir de là que la rue fut baptisée à son nom.

En 1883, comme nous le rappelle Jules Artières et Camille Toulouse dans « Millau, ses rues, ses places, ses monuments (1924) » : « Des conseillers municipaux, à l’esprit peut-être ingénieux, mais peu au courant de notre histoire locale, se dirent que, le mot rouergat gralho signifiant « corneille », il fallait franciser l’expression d’Engrailhe, et voilà l’ancienne rue Guillaume Grailhe, transformée en rue des Corneilles.
Mais ce vocable ne lui resta pas longtemps. Quatre ans après, en 1887, on lui donna le nom actuel de rue du Général Thilorier (1780-1851). »

Revenons-en à notre tête et laissons la parole à Georges Girard qui nous disait en 2002 : « Il n’y a pas si longtemps que ça que je l’ai découvert, en regardant un peu les vieilles maisons. Je me suis demandé si ce n’était pas quelque concierge qui regardait s’il allait pleuvoir. C’était peut-être une enseigne d’un artisan, un perruquier, ou une statue dont on ne connaît pas le personnage. Pourquoi l’a-t-on mise si haut ? C’était quelqu’un qui voulait sauver cette tête, sans doute le propriétaire de la maison qui voulait la préserver en la mettant le plus proche du toit. Les personnes âgées de la rue me disent l’avoir toujours vue et d’autre ne l’avoir jamais vue, alors… » (Visite guidée, journée du patrimoine, 21 septembre 2002).

Marc Parguel