Les gilets jaunes dans un pays que je ne comprends plus

(Photo archives)

Je ne comprends pas la violence de ces mouvements, je ne les suis pas et je m’en méfie. J’admets complètement les revendications et je considère qu’elles sont même légitimes et indispensables, mais je refuse toute violence et je n’ai aucune affinité avec Le Pen, Dupont Aignan, Mélenchon et même Trump qui encouragent ces mouvements.

Je ne comprends pas non plus l’assentiment de 75 % de mes concitoyens si j’en crois les sondages.

Dois-je culpabiliser parce que, à l’issue d’une carrière professionnelle bien remplie, j’ai pu mettre de côté quelques actifs et quelques argents pour que mes proches n’aient pas à m’assumer ? Pour que je puisse en laisser un peu à mes enfants et petits-enfants ?

J’ai traversé des périodes peut-être dix fois pires que celles des gilets jaunes actuellement et je peux en parler. Nous étions six enfants à la maison, venus à la suite, avec un père qui avait abandonné son rôle dès le début. Autant dire qu’il n’y avait pas grand-chose dans les assiettes. Mes frères ont dû quitter l’école dès leur 14 ans pour aller en apprentissage quelquefois à 3 h du matin à vélo, dans le froid du Nord, pour apprendre la pâtisserie ou la ferronnerie. Nous étions en pleine campagne à 15 km de la plus proche ville, sans voiture. Il fallait se débrouiller. Mais la campagne comporte des richesses, il y avait le jardin, la solidarité familiale, quelques poules, une vache pour le lait, quelques cochons.

Notre chance a été notre mère qui nous a « tenus », éduqués, poussés, enseigné la politesse, le respect, de ne pas jalouser ou envier le prochain en particulier ceux qui étaient mieux lotis que nous, que nous étions leurs égaux. Nous avons pu quand même aller au collège et si cela n’a pas bien marché, c’était un peu de notre faute. Au moins, avions-nous eu les bases fondamentales en français et en calcul. Tout le monde ne peut pas en dire autant actuellement. Il a fallu ensuite reprendre en cours du soir vers 25 ans pendant une dizaine d’années pour compléter ce qui n’avait pas été appris.

Attention, je n’ai pas dit que la vie devait être un long calvaire, mais ce n’est pas un chemin de roses non plus, faut bosser et s’adapter en permanence pour la survie. C’est la loi des espèces animales dont nous faisons partie. Mais je sais d’où je viens et je peux m’exprimer sur tous ceux qui détruisent, méprisent, agressent, envient aujourd’hui.

Je n’envie pas les riches, mon sentiment est que plus il y en a, plus il y aura des ressources pour tous. Faire fuir les riches comme cela a été fait antérieurement, mais qui paiera notre fonctionnement ? Les presque riches qui vont se sauver aussi ? Et ainsi de suite… Il nous faut donc des riches, qu’ils travaillent dans de bonnes conditions et qu’ils nous fassent profiter de leur savoir-faire et de leurs gains.

Le problème est bien sur le montant de leur participation au bien-être général. D’accord, il faut trouver le bon équilibre. Le débat actuel autour de l’ISF n’est donc pas fondé, puisqu’on exonère ceux qui investissent dans les entreprises. Pour info, ils ont perdu près de 30 % de leur mise depuis le début de l’année. Vous êtes prêts à risquer comme eux ? Regardons plutôt ce qu’ont fait ces gens de cette réduction (et non-suppression) d’impôts pour corriger le tir.

J’ajoute que le moment était fondamental pour le faire, des milliers de Britanniques ou presque britanniques vont quitter leur pays à la suite du Brexit. Où vont-ils aller à votre avis ? En France avec des mouvements menaçants comme les gilets jaunes ? Bravo pour ce résultat, ces milliers de personnes déjà formées, intelligentes avec souvent du patrimoine iront voir ailleurs comment ça se passe.

On est toujours dans l’histoire de Fernand Raynaud et du boulanger qui n’était pas Français. Les villageois l’ont tellement emmerdé avec ses origines qui n’étaient pas françaises qu’il est reparti et depuis, il n’y a plus de pain, c’était lui le boulanger ! Il faut connaitre ses classiques, mes amis.

Donc, sur un plan strictement économique, Macron a raison, désolé de vous le dire, et ceci sans vouloir faire de politique. Il a simplement fait quelques grosses bêtises :

  • Il n’a pas réformé suffisamment immédiatement parce qu’il n’a pas voulu mettre le pays à feu et à sang
  • Il a mis en place ce prélèvement à la source qui va coûter à l’Etat quelques milliards d’euros en faveur des contribuables sans qu’ils le comprennent. C’est presque une année d’impôt sur le revenu qui se volatilise. Comprenez bien cette mécanique : actuellement, vous décédez le 30 décembre, vos héritiers ont un an d’IR à payer, demain, ils n’auront à payer que le mois de décembre… Tant mieux pour moi, je suis beaucoup plus vieux que la plupart d’entre vous, mais quand même, tous ces gilets jaunes devraient être contents de cette baisse d’impôt inespérée sur le long terme.
  • Il a été maladroit dans ses paroles, mais on évacue la pression comme on peut.

Il nous faut à l’avenir impérativement mieux expliquer à nos concitoyens le fonctionnement de l’Etat et des régimes sociaux, et même sur la vie de tous les jours, comment gérer son budget, se garder des arnaques, etc. Pourquoi pas des écoles du samedi ? Quelle prétention avons nous de vouloir suivre toute une vie, en pleine évolution permanente, sans se maintenir à un bon niveau, sans se remettre quelquefois en question. Qui connait aujourd’hui le fonctionnement des grands équilibres du pays, de la Sécu, des régimes de retraite, du Pôle Emploi, etc. 5 % de la population peut être, et pourtant ces régimes sont gérés par les représentants des salariés, du patronat et des interventions ponctuelles de l’Etat pour orienter. Donc l’Etat ne fait pas tout et n’est pas à l’origine de tout.

Ah oui, encore deux chiffres du budget 2019 :

  • Total des dépenses 370 milliards d’euros
  • Total des recettes 292 milliards d’euros

Le trou va encore progresser de 78 milliards d’euros au moins, mais je pense que l’on devrait être plutôt vers 100 milliards si on intègre tout et s’il y a dérapage comme on le pressent.

Cherchez l’erreur ! Vous allez laisser quoi à vos descendants ? Réfléchissez un peu. Le monde économique est un vase communicant, ce n’est pas un puits sans fond. Le puits, il faudra le combler un jour. Ce déficit va s’ajouter à nos 2 300 milliards de dettes, qu’il va falloir financer. Et qui va prêter les sous ? La planche à billets n’existe plus. C’est donc les fonds étrangers malheureusement et le taux va être fonction de notre situation économique et du climat ambiant, donc des milliards supplémentaires à nouveau à financer. Là est le règlement de comptes comme l’Italie le ressent actuellement.

Ah oui, on peut tout nationaliser… Comme dirait Laspalès, il y en a qui ont essayé, mais ils ont eu des problèmes… Bon il reste la Corée du Nord comme exemple et le Venezuela si cher à Mélenchon, des pays à copier ?

Donc, le pire est à venir malheureusement et nous avons mangé tout notre pain blanc. Si je raisonne comme eux, après tout, je dois m’en foutre. Je suis plus proche de la fin que du début, alors après moi le déluge… mais c’est quand même le devenir de ceux qui sont au début qui me préoccupe.

Courage travaillons.

Didier Couplet
www.vivreaupays.pro