Dans les années 1960-1970 au Pays du matin calme, qui en ce temps-là ne l’était guère, alors sous le joug de la dictature de Park Chung-Hee, naissent des peintures à la beauté singulière, quintessence de l’élégance et d’une certaine forme d’épure. Elles sont l’œuvre des maîtres du Dansaekhwa, terme qui signifie littéralement « peinture monochrome ».

« J’aime l’idée qu’un tableau ne reste pas enfermé dans un cadre, qu’il soit avant tout une invitation vers un ailleurs. » (Photo : © Gérard Rouquette)

Dans cette école dite du blanc, bien plus une communauté d’esprit qu’un véritable mouvement, les peintres créent pour un même idéal, celui de l’unité retrouvée entre l’artiste et la nature, à la confluence des traditions bouddhiste et taoïste ; tous témoignent d’une attention particulière accordée au cadre et à la surface de l’œuvre : papier macéré, plié, griffé ou bardé de fil de fer… Ce travail commun sur les matériaux et les textures, suggérant pour certains l’épiderme et son pouvoir régénérateur, s’adresse aussi bien au sens qu’à l’esprit, au-delà des contingences matérielles.

« J’invente des chemins constellés où se promène le regard, explique Hyun Joung Lee. Mon univers est poétique. Comme un cheminement intérieur, j’invite à me suivre dans ces vues aériennes. Elles sont nées du souffle de mon enfance coréenne, de mon goût éternel pour la peinture, de mon travail du métal : de ces trois rencontres, j’ai créé mon univers. » (Photo : © Gérard Rouquette)

Et c’est là toute la force et la beauté de ces peintures venues d’un pays partagé entre tradition et modernité.

Après avoir étudié les Beaux Arts en Corée, Hyun Joung Lee est arrivée en France en 1996 pour suivre une formation en bijouterie-joaillerie. C’est suite à une exposition de trois de ses tableaux au Carrousel du Louvre en 2014, « grâce à une amie », que sa carrière a véritablement explosé. « Des racines de mon enfance, de mes études aux Beaux-Arts de Séoul, de ma formation d’orfèvre à Paris, j’ai nourri mon travail. Toutes ces années ont construit mon savoir-faire. Pourtant ce n’est pas lui que je veux que l’on retienne, mais que grâce à lui, plus facilement on s’élève. » (Photo : © Gérard Rouquette)

Hyun Joung Lee s’inscrit dans la lignée de ces grands maîtres du Dansaekhwa que sont Chung Chang-Sup, Chung Sanghwa, Ha Chong-Hyun, Kim Whanki, Kwon Young-Woo, Lee Ufan ou Park Seo-Bo. Comme eux, elle travaille la matière, le fameux papier traditionnel coréen (le « Hanji »), fabriqué avec les fibres de l’écorce de mûrier. Comme eux, elle développe une pratique basée sur le principe de la répétition, qui tisse un fil d’Ariane chez ces maîtres coréens.

« De mon passé en Corée, je garde le souvenir des matières, les croyances de mes aïeux. Le papier de riz est la peau de cette mémoire. Ce papier tapissait le sol des maisons, je le voyais de ma hauteur d’enfant. Dessus s’imprimaient les traces de pas, de vie, et j’imaginais déjà des tableaux, des paysages », confie l’artiste, qui depuis plus d’une quinzaine d’années maintenant expose dans le monde entier.

Le vernissage de l’exposition a eu lieu hier soir, au 8 rue Peyssière. (Photo : © Gérard Rouquette)

« Tout commence par l’appropriation physique et intime du papier Hanji, de tradition millénaire, explique Hyun Joung Lee. À mon tour, comme à rebours, je le déconstruis. Désagrégée dans l’eau, sa texture originelle, fine et solide, s’agglutine. Elle se densifie lentement au contact de mes mains. Le papier en séchant se contracte naturellement et c’est à partir de ses ondulations aléatoires que le pinceau révèle les volumes, souligne ou contredit les reliefs du papier. Un nouveau paysage surgit, se libère de la mémoire. Sans repentir possible, chaque ligne qui s’impose sur l’épiderme trace des cheminements intérieurs. Cet acte répétitif et rythmé par le corps ouvre un univers spirituel singulier. »

Depuis le 15 novembre, après le Luxembourg et Shangai, Hyun Joung Lee a choisi la galerie Entre Deux à Millau pour présenter ses dernières œuvres, ses voyages imaginaires entre terre et ciel, autant de paysages qui, sur les terres aveyronnaises et ses beautés grandioses, trouvent un écho particulier.

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Voyages imaginaires. Hyun Joung Lee. Jusqu’au 20 décembre, du lundi au vendredi de 10h à 19h à la galerie Entre Deux, 8 rue Peyssière à Millau.