Légendes du pays : L’aven de Corgnes

De sinistre mémoire, cet abîme lugubre ne saurait être oublié, car il fut au cours des âges témoin de drames plus terrifiants les uns que les autres. Celui que nous retiendrons nous raconte l'épopée dramatique de Loïse et Blanc d'Argent.

(Source : http://hotwaker.free.fr/page%20speleo%20corgnes.htm)

Sous la Révolution, des bandits de tous poils mettaient à feu et à sang notre région. Bien connus sous l’appellation de « chauffeurs-routiers » qui appelle néanmoins quelque explication que voici :

« Routiers » donne déjà en soi une petite idée de ces bandits, car ils parcouraient de grandes distances sur nos Causses .

« Chauffeurs » est un peu plus énigmatique, mais s’explique par une pratique barbare qui consistait dans les fermes isolées et de préférence lorsque les hommes étaient aux champs de se faire avouer la cachette des maigres économies de la famille.

Et si ces dames mettaient quelque réticence à leur en désigner le lieu, ils mettaient, et ce sans aucun état d’âme, un « fer au feu » et lorsque ce dernier était bien rouge ils l’appliquaient sur la plante des pieds.

Vous vous doutez bien qu’il fallait un certain courage pour ne pas dire un courage certain, pour résister à pareille torture…

Mais revenons à Loïse qui était serveuse à l’auberge du Cheval Noir à Tours et dont les charmes n’étaient pas étrangers au succès de l’estaminet fréquenté par la garnison sise dans cette même ville et dont Blanc d’Argent était sergent.

De beaux atours d’un côté, le prestige de l’uniforme de l’autre, vous pensez bien qu’il n’en fallait pas plus pour qu’une idylle se nouât entre nos deux tourtereaux.

Mais pas une aventure sans lendemain comme il en existe tant et tant !

Non, un vrai et authentique amour au point que Loïse, séduite par un sergent de surcroît bien de sa personne – du moins en apparence – décida de rejoindre son amant non sans avoir réuni ses quelques économies, aussitôt l’engagement de Blanc d’Argent terminé.

Et voici nos deux amoureux partant en croupe sur le cheval du sergent – blanc, lui aussi – pour un lointain voyage vers une contrée mirifique dont Blanc d’Argent lui avait vanté les mérites sans doute avec quelque exagération, mais que l’on peut comprendre puisqu’il l’amenait ni plus ni moins en Lozère si fascinante et plus précisément à La Malène, lieu idyllique bien connu des Gorges du Tarn d’où il était originaire.

Le voyage se déroula sans encombre et Loïse était impatiente de connaître ce lieu de rêve que lui faisait miroiter son amant.

L’enfant du pays, Blanc d’Argent, fut accueilli avec tout le faste que l’on peut imaginer. Mais il n’en fut pas de même pour Loïse : les parents de l’élu de son coeur refusèrent tout net un mariage avec cette « gourgandine » venue d’on ne sait où et dont ils eurent sur le champ un préjugé défavorable.

Une étrangère à la région et qui ne connaissait même pas les Gorges du Tarn pourtant mondialement connues… Allons donc, il ne saurait être question d’une telle mésalliance !
Blanc d’Argent fit malgré tout son possible pour obtenir le consentement de ses parents, mais devant leur refus obstiné, dut se rendre à l’évidence : il ne pourrait jamais marier sa dulcinée et, dès lors, n’avait pas d’autres alternatives que de reconduire Loïse à l’estaminet du Cheval Noir qui, sois dit en passant, ne cessait de péricliter depuis le départ de la belle Loïse.

Mais à ce point là de notre histoire, on se rend compte que les intentions de Blanc d’Argent n’étaient pas si pures ou à tout le moins que son amour pour Loïse n’était pas aussi absolu qu’il le prétendait.

Car sur le chemin du retour, Blanc d’Argent prétexta avoir oublié quelque papier d’importance et confia Loïse à l’un de ses comparses qui l’amènerait à la diligence où il la rejoindrait.

Loïse fut immédiatement saisie d’un mauvais pressentiment, mais n’avait pas d’autres choix que de croire encore aux sentiments qu’elle, du moins, portait à son amant.
Elle ne put donc que monter en croupe sur le cheval de cet étranger auquel Blanc d’Argent la confiait en priant tous les saints des Gorges du Tarn de veiller sur elle.

Ce dont elle doutait fortement voyant la mine patibulaire de son nouveau convoyeur.
Et malheureusement ses craintes étaient avérées, car celui-ci arrêta sa monture près de l’abîme béant qui semblait attendre sa triste fin.

Malgré ses supplications, le malandrin ne se laissa point infléchir dans sa funeste décision et précipita sa pauvre victime dans l’abîme non sans l’avoir au préalable dépouillée des quelques sous qu’elle possédait encore.

Voilà la dramatique et triste fin de Loïse.

Quant au comparse de Blanc d’Argent, pris de remords, il se jeta un jour du haut de la falaise de Saint Marcellin. Entraînant dans sa chute Blanc d’Argent, pris lui aussi – mais un peu tard – de remords, désespéré qu’il fût d’avoir à jamais perdu sa belle, il préféra la rejoindre en un lieu où personne jamais ne pourrait plus les séparer.

Le cirque de Saint Marcellin.