A Piquetontaine, m’en allant promener…

Le rocher de Piquetontaine se situe dans la rivière du Tarn, en dessous du village de Creissels, un peu en aval des cascatelles qui proviennent des cascades que l’on voit se jeter dans le haut du village. Les abords de ce rocher au milieu du Tarn sont très profonds.

« Piquetontaine ! ce nom tinte allègrement comme certains refrains de nos vieilles chansons françaises », aimait à nous rappeler P.-E.Vivier dans ses « Images Millavoises ». Et celui-ci s’interrogeait sur ce nom : « Aurait-il quelque rapport avec l’utilisation du rocher par les baigneurs de jadis comme plongeoir, pour piquer dans la rivière ? Quoi qu’il en soit, ce pimpant vocable est ancien. Léon Roux dans ses souvenirs sur son père « Mortinou mon père », où il relate des faits remontant au Second Empire, parlait « del rouoc de lo Picotountaino »…

En effet, Léon Roux (1858-1935) évoque ces lieux en ces termes en parlant de son père  « Et puis encore je le vois, son jonc à pomme d’or à la main, allant vers les Ondes, toujours d’un pas allègre, à sa petite propriété, St-Bernard, sur les bords du Tarn, sous Calès, en face Creissels et del rouoc de lo picotountaino » (Mortinou mon père, 1933).

Le même auteur parle plus longuement del rouoc de lo Picotountaino dans un article consacré à « Creissels et sa fête », il le définit comme un « rocher au milieu de l’eau tourbillonnante de la rivière. La base de ce roc sert de « cave » aux truites et je me rappelle encore celle qui y fut prise, il y a plus de cinquante ans, par Castan, pêcheur émérite millavois, truite phénomène qui pesait douze livres et qui fut mise en loterie ; je ne me souviens plus qui fut l’heureux gagnant » (En Rouergue, au siècle dernier, Millau hier et aujourd’hui, Messager de Millau, 1933).

Mais le roc de Piquetontaine était surtout prisé des enfants, ces derniers s’en servaient de plongeoir, et les accidents n’étaient pas rares. En voici un exemple :

Emouvant sauvetage. Dans la soirée de dimanche, plusieurs enfants prenaient un bain dans le Tarn à l’endroit dit Roc de Picquetontaine. L’un deux, le jeune Marcel Bompard, âgé de 15 ans, s’étant un peu trop avancé dans la rivière fut tout à coup entraîné par le courant. Aux cris poussés par les camarades du jeune imprudent, Léo Montel, 25 ans, ouvrier gantier à Millau, route de Calès accourut et jugea aussitôt du grave danger que courait le baigneur. Il se jeta résolument à l’eau et fut assez heureux pour ramener Marcel Bompard sain et sauf sur la rive. Nous ne pouvons que chaleureusement féliciter notre jeune compatriote à l’occasion de ce courageux sauvetage. Nous savons que c’est le troisième qu’il accomplit ainsi dans des circonstances à peu près identiques, et, chose extraordinaire, au même endroit.
Il sauva, en effet, le 5 août 1910, les jeunes Gabriel Vidal, âgé de 12 ans et son camarade Adam Reynès, âgé de 10 ans. Nous nous permettons d’espérer que cette courageuse conduite recevra la récompense qu’elle mérite. (L’indépendant Millavois, 9 août 1913).

Marc Parguel