Patrimoine millavois : Le pigeonnier de Taurande

Situé à proximité de la route qui part de Millau vers la Cavalerie, à côté du « Mas de Recouly », le pigeonnier de Taurande restauré en 2002 est remarquable, juché sur un rocher au sommet d’une butte naturelle de cinq mètres de hauteur.

Son nom de Taurande signifie « levée de terre » en occitan, il est en effet positionné sur une éminence. Mentionné en 1488, c’était avant de devenir un pigeonnier, assurément une tour de gué, car situé idéalement en bordure de la voie romaine qui reliait la Graufesenque à l’oppidum de la Granède sur le Larzac. Maints fragments de poteries gallo-Romaines sont visibles dans les environs immédiats, prouvant que ce lieu était très fréquenté durant l’antiquité.

Approchons-nous de l’édifice, et avec l’autorisation du propriétaire, montons les quelques marches de l’escalier en maçonnerie sur le rocher et ouvrons la porte du pigeonnier. De petites dimensions (2,66m x 1,95m dans l’œuvre et 4 m sous voute), il compte deux rangées de sept trous de boulins.

Le toit en coupole autrefois couvert de lauzes a été remanié, lors de sa récente restauration par les bâtiments de France. Il est désormais superbe et fait la fierté de ses propriétaires, dominant la ville de Millau. Ce n’est pas pour rien qu’il a reçu le troisième prix départemental du patrimoine en 2003.

La ferme du Mas de Recouly qui voisine avec le pigeonnier était autrefois appelée Mas del Ser comme nous le rappelle Jules Artières : « Le Mas de Roucouly parait avoir porté autrefois les noms de mas Robert et de mas del Ser. Il doit sa dénomination actuelle au nom d’un de ses anciens propriétaires Domenge Rocoly (Dominique Roucouly) (XIVe siècle). Il appartenait, en 1636, à dame Esther de Cambefort. » (Messager de Millau, 25 mai 1907).

En 1830, la ferme appartient à un habitant de Montjaux qui la loue certainement. Elle comprend alors une maison avec une cour et un four ainsi qu’une grange et une terre. Bizarrement le pigeonnier n’est pas mentionné sur le cadastre.

D’après le journal « La Dépêche du Midi » : « On présume que la ferme a été rebâtie dans les années 1850, mais il n’existe que peu d’archives à ce sujet. On raconte qu’un industriel de l’époque voulait y loger sa dame de cœur. L’histoire veut aussi que l’homme fît de mauvaises affaires et partit sous des cieux meilleurs. La galante n’habita jamais la belle maison qui devint la proie des pilleurs, et victime d’un glissement de terrain, passa de main en main pour devenir finalement la propriété de la famille Marcilhac en 1977. Ceux-ci firent en même temps l’acquisition d’un pigeonnier dont l’état n’avait rien à envier à la bâtisse ». (Il était une fois un pigeonnier, La Dépêche du Midi, 27 février 2004).

Marc Parguel