Situé à près de 3 km au Sud Ouest de Saint-André de Vézines, par 846 mètres d’altitude, Roquesaltes est le plus important donjon naturel du Causse Noir ; sur la rive gauche du Riou Sec, il surpasse Montpellier le Vieux.

Albert Carrière en quelques lignes nous en dresse le portrait : « Ces fameuses « Roques » comprennent deux groupes séparés par un étroit couloir. Leur taille est plus imposante parce qu’elles se dressent sur une éminence et sont isolées. Au centre de Montpellier-le-Vieux, elles ne présenteraient rien d’extraordinaire. On ne saurait se faire une idée exacte des rochers de Roquesaltes qu’en les mesurant, en les photographiant, en les peignant sous tous leurs aspects. Celles qui affectent une forme particulière retiennent plutôt l’attention du visiteur, telle l’élégante porte arabe au sud du massif de Roquesaltes et surtout celles du Rajol. Le dromadaire en est la plus curieuse. Les unes et les autres racontent leur histoire antédiluvienne. Elles sont en effet les témoins de l’immense travail d’érosion qui a abaissé le niveau de nos plateaux de centaines de mètres, sculpté nos dolomies, tracé les rues, déblayé les places de nos chaos de rochers. » (Par monts et par vaux, Midi Libre,26 avril 1953). Jean Birebent affirma qu’« En 1918, un groupe d’éclaireurs millavois trouva au sommet des rochers de Roquesaltes, trois pointes de flèches en silex, ce qui semblerait indiquer que nos ancêtres en avaient fait un lieu de refuge. Tout autour de Roquesaltes, on trouve des fragments de poteries préhistoriques, ainsi que des poteries grossières des grandes urnes. » (Notes d’histoire sur Saint-André de Vézines, 1934-37).

Roquesaltes est le plus important donjon naturel du Causse Noir.

Nombreux sont les touristes qui viennent chaque été comme en pèlerinage auprès de ces rochers. Des panneaux ont été installés depuis l’acquisition de la ferme et de 92 hectares du site par la communauté des communes en 2006. Ainsi, à l’entrée de Roquesaltes devant la ferme sur laquelle apparaît la date « 1652 », on peut remarquer sur des tables, quelques croquis rappelant l’architecture de la bâtisse.

Devant la ferme de Roquesaltes en 1940, Paul Vernhet le dernier de la famille debout à droite, Léontine Fourgeaud debout au centre, Marcel Fourgeaud assis au centre (Fonds Juliette Ribas).

Nous apprenons à leur lecture que « la ferme de Roquesaltes fait l’objet d’une restauration pour témoigner de l’ingéniosité des bâtisseurs caussenards. Le nombre de citernes qui stockaient les eaux de pluie recueillies des toits par des chenaux en bois (canals) n’est aujourd’hui que de trois. D’autres sont certainement ensevelies sous les voutes effondrées ».

Nous apprenons également que la toiture en lauze calcaire de la ferme représente 500 kg au m2. Au temps de sa prospérité, Roquesaltes comptait 12 habitants (Dictionnaire des lieux habités de l’Aveyron, Dardé 1868). En 1906, il y avait encore deux familles : Vernhet et Gely. En 1920, ne restait plus que la famille Vernhet. Dix-sept ans plus tard, le jour de Toussaint, le dernier propriétaire des lieux est allé s’établir à Millau.

En 1958, Henri Cartayrade se rend acquéreur du site et au début des années 1960, Roquesaltes commença à être « aménagé » pour devenir un site touristique, mais l’accessibilité n’étant pas des plus aisées, la route n’est qu’en partie goudronnée, le site retomba dans l’oubli. A la fin de l’année 1968, la ferme est mutilée, en effet son balet perd son auvent et depuis, année après année, les murs se lézardent. Mais fort heureusement, après son achat par la communauté de communes, fut envisagée à partir de 2012, la restauration de la ferme qui a, depuis 2015 retrouvée son lustre d’antan.

La ferme de Roquesaltes en 1960 (Collection Archives départementales de l’Aveyron, Fonds Sudres)

Comme l’a dit si justement Juliette Ribas (1914-2018) qui a passé son enfance à Roquesaltes : « Ce n’est pas la ferme riche du Causse. C’est la propriété ou le paysan s’accroche à sa terre pour élever sa famille. » Sur la terre de Roquesaltes, on produisait entre autres de l’orge, du millet, blé noir, sarrasin, appât pour les perdreaux, quelques pommes de terre, il y avait aussi une vigne sur le penchant de Francimagne. Dans les ravins, quelques bois de pins résineux, quelques chênes rouvres, avec lesquels on fera des fagots qu’on ira vendre à la ville pour chauffer les fours à pain. « Il y avait encore en 1920, 80 brebis, les Garchas qui étaient vendues à la foire de Sainte Marguerite le 23 septembre, une chèvre, un chien appelé Lapin, un cheval, une paire de bœufs, Lebrou, Arguel du nom des vendeurs.On était allé les acheter à pied à la foire de l’Hospitalet du Larzac. La citerne était commune aux deux feux, pas de source, deux puits. » (Note Pierre Solassol).

Vue aérienne.

Il existe pourtant une source qu’on appelle « Pinet » qui ne coule qu’après de fortes pluies : « A 200 mètres de Roquesaltes, au nord sous le chemin qui va à Saint-André-de-Vézines, se trouve une petite source précieuse pour les habitants de la localité et pour les touristes qui doivent la préférer à celle de la citerne creusée dans la bergerie de la ferme. » (A. Carrière).

Source du Pinet.

Les terres avoisinantes portent des noms bien poétiques, en voici quelques-uns (d’après le cadastre) : Le Devez, Sabélenque (où il y avait une « conca »), Le Blanquet, Faysse du mas, Serre du Mas, La Résine, Le Sabel, l’Usclade, La Ramié. Lo Ronsenas, Francimagne, La Tiolièra, La combetta, Combe Livosa, Puech Chonet, lo cunhet, la Roc de la Lova (du communal de Saint André, à la limite de la commune de la Roque, au Rajol), l’Adrech.

Marc Parguel

Coucher de soleil.