La Croix des Fatigués (commune de Saint-André-de-Vézines)

Nous nous rendons ce samedi au Sud Est du village de Saint-André-de-Vézines. Après avoir suivi la départementale 41, au carrefour des routes Saint-André-Brunas, un chemin de terre (tronçon du chemin muletier La Roque Sainte Marguerite-Meyrueis) amène à la croix qui nous intéresse aujourd’hui et qui porte bien son nom. Il s’agit de la Croix des Fatigués, elle fut élevée en 1846.

Si l’on en doutait, le Livre de Paroisse de Saint André nous le confirmerait : « Près de Marlavagne, sur le chemin de Millau à Meyrueis, on trouve aussi une croix, elle a été refaite il y a peu d’années, on a gravé sur le piédestal cette très chrétienne invitation « Fatigués reposez vous. » (Livre de Paroisse de Saint-André de Vézines, commencé en 1849)

Il s’agit d’une croix monolithe en pierre (mesurant 1,70 m de hauteur, les bras mesurent 72 cm sur lesquels apparaît une longue croix gravée surmontée d’INRI), elle repose sur un socle carré et imposant (95 cm de largeur sur 62 cm de hauteur). L’invitation gravée sur celui-ci « Fatigués, reposez-vous » est judicieuse, car à cet endroit il y a une forte montée.

Il y a encore quelques années, la végétation masquait la croix, malgré qu’elle apparaisse en bordure d’un carrefour de quatre chemins et proche d’un grand champ que les habitants ont coutume d’appeler « champ de la croix ».

Si sur cette dernière, il n’est pas fait mention du donateur, on ne peut que penser qu’il s’agit d’une œuvre voulue par le curé de l’époque Jean-Louis Celles, précédemment curé de Pierrefiche du Larzac. Ordonné prêtre en 1831 (carême), il fut nommé à St-André en 1837, en remplacement du curé Blanc. Sa vie pourrait se résumer, à un long chemin de croix.

Dès son arrivée, il prit soin d’ériger sur la route de Saint-André qui mène à Roquesaltes et à la Combe « la Crotz del Rat ». Le surnom de cette croix était affublé à son donateur. Lo Rat, La Rata était un surnom fréquent donné à des personnes méfiantes et rusées. Le curé Celles était alors dans la force de l’âge, il avait 33 ans, il finalise à l’église du village de Saint-André la construction de deux chapelles de la Sainte Vierge et du Sacré Cœur (commencé en septembre 1836).

Entreprenant, il érige le chemin de croix dans l’église en juillet 1842… Il reçoit également Monseigneur Croisier le 4 mai 1844, mais comme le mentionne ses notes au Séminaire : a du talent, sa conduite est bonne, son extérieur grave est avantageux, santé robuste, maintenant mauvaise à cause du froid qui sévit à Saint-André… Il devient infirme de bonne heure et dut avoir durant son ministère de nombreux vicaires pour le seconder : Trémolet, Combes, Beaumelou, Thomas, Migairou. Ce dernier fit en 1847 avec le produit d’une quête l’acquisition d’un ostensoir et d’un ciboire. M. Guibert, fut son dernier vicaire en juin 1847.

La Croix des Fatigués, après celle du Rat et le chemin de croix fut certainement à l’image de la santé de son pasteur. Par son message écrit comme à la plume sur la pierre, elle est originale à plus d’un titre. Le 22 mai 1847 fut signé un accord entre Mahoux et Celles pour la vente à la fabrique de deux autels. C’est la dernière fois que son nom sera mentionné au bas d’un registre. Il démissionne en novembre 1848, et se retire peu de temps après à Saint-Rome-de-Tarn, son pays natal où il décède à l’âge de 45 ans, le 8 août 1849.

Lors de la visite de Monseigneur François Fonlupt sur le Causse Noir, le 16 octobre 2013 lui fut remise entre autres choses une photo de cette croix qui se démarque des autres par son originalité.

Marc Parguel