Hormis lorsqu’elle tombe un dimanche, et où elle est décalée au lendemain, la date de foire du 6 mai n’a jamais changé dans le calendrier. Pourtant, le conseil municipal de Millau, en 1907 envisage de la reculer au 16 du même mois.

« Voilà bientôt cinq cents ans que les Millavois se mettent en fête le 6 mai. Jusqu’à présent, personne n’avait songé à avancer ou à reculer cette date parce qu’elle coïncide avec l’aurore de la belle saison », nous rappelle le Messager de Millau, dans son édition du 22 juin de cette année.

Mais il aura suffi de quelques plaintes de commerçants et de Millavois pour tout bouleverser, suite à la foire catastrophique de 1907. Les considérations qui inspirent les édiles d’alors sont d’ordre météorologique. Depuis quelques années, il pleut, paraît-il, le 6 mai.

Or, le 16, selon eux, il ne doit pas pleuvoir ! Les statistiques selon le Conseil Municipal le prouvent : En 1885, 1891, 1895, 1900, 1901, 1903, 1905 et 1907, foires mouillées et désastreuses… Ils oublient de mentionner que celles de 1884, 1886, 1887, 1888, 1889, 1890, 1892, 1893, 1894, 1897, 1899, 1902, 1904 et 1906, étaient couronnées d’un temps magnifique, entrain général, recette satisfaisante de tous les commerçants.

Le chroniqueur du messager de Millau du 22 juin 1907 s’interroge : « Je crois que nos administrateurs communaux, malgré leurs excellentes intentions, se leurrent étrangement. En choisissant le 16, comme date de la foire-fête, ils escomptent le 17, jour de la Loue des domestiques comme continuation de la foire principale. Fort bien, mais sont-ils sûrs de la température ? S’il pleut le 15 ou le 16, tout est flambé. Tandis qu’avec deux dates espacées, les commerçants courent la chance de deux journées de recette et, au pis aller, d’une sur deux. Le public millavois a été extrêmement contrarié de la pluie torrentielle qui a inondé notre vallée le dernier 6 mai. Mais il a plu encore le mercredi des cendres, autre jour d’importante foire de comestibles, il peut pleuvoir le 6 août. Est-ce à dire qu’il pleuvra toujours aux dates consacrées par la plus antique tradition ?… Ce n’est pas sur un moment d’humeur que quelques commerçants mécontents doivent pousser le conseil à une modification dont le résultat pourra être différent à celui désiré. Admettons que le 16 et le 17 soient adoptés. Eh bien, le 16, les propriétaires règleront leurs domestiques. S’ils viennent faire un tour à Millau, le soir même obligatoirement ils devront regagner leur logis pour la raison indiscutable que le lendemain les employés de la ferme iront à la Loue. Pas de séjour en ville, voyages rapides s’il en fut. Et, comme les domestiques loués le 17 devront aussi commencer leur collaboration le soir même, adieu les lendemains et les surlendemains de foire. Tout à la vapeur avec peu de monnaie répandue en route. Il est encore temps de se ressaisir et de ne pas bouder nos intérêts d’une façon puérile. Nous avons deux foires rapprochées et quasi assurées. Gardons ce bienfait et advienne que pourra ».

Fort heureusement, ce projet de changer de date est resté sans suite, et le 6 mai, qu’il soit pluvieux, neigeux comme le 6 mai 1985, ou venteux est resté fidèle à ses valeurs du temps passé.

Marc Parguel