Causses et valléesPeyreleau

Montaigu (commune de Peyreleau)

Croquis d’Albert Carrière (1921)

Dominant le confluent des Gorges du Tarn et de la Jonte, faisant face aux corniches des Causses de Sauveterre et du Méjean, au point 741, le cap barré de Montaigu (promontoire fortifié) domine Peyreleau de 350 mètres au sud et se situe à 1 kilomètre au nord d’Aleyrac.

Son extrême pointe porte le cap barré le plus compliqué de la région. Complet et facilement accessible aux touristes, il affecte la forme d’un trapèze dont le barrage caractéristique constitue la petite base (80 mètres x 6 x 1,50) tandis que la grande base est un mur précédé d’un fossé d’un mètre de profondeur.

Vue aérienne du Cap Barré.

Côté éperon, le mur écroulé devait servir aux cabanes des Gaulois qui s’appuyaient dessus. On ne trouve aucune trace de poteries, tandis qu’elles ne sont pas rares dans les terres cultivables des environs d’Aleyrac. De son extrême pointe à la base, on remarque dans ce cap barré : une surface hérissée naturellement de pierres anguleuses, une large allée nivelée et gazonnée longeant le barrage caractéristique. Celui-ci forme la petite base d’un trapèze mesurant 120 mètres de longueur et divisé par un mur transversal en deux compartiments inégaux et irréguliers.

Le mur formant la grande base était doublé extérieurement d’un fossé d’un mètre de profondeur. Au milieu de la grande base est ménagée l’entrée de l’enceinte. Le sol a été nivelé au moyen d’un talus de 0m50 de hauteur pour former l’assiette du chemin qui y aboutit. Ce chemin devait être praticable a chariot.

Pour les piétons seuls, on ne l’eut pas nivelé. Albert Carrière analysant le cap barré le définit comme suit : « Cette disposition qu’on retrouve ailleurs est due probablement à quelque religieuse. Il était, en effet, des pierres qui ne devaient pas être profanées par le travail humain. Le barrage n’est pas considérable. Inutile de dire qu’il n’est pas construit, et que son dos est plutôt arrondi. Bien plus tard, parallèlement et à 80 mètres du barrage primitif il en fut établi un second plus fort et bordé extérieurement d’un fossé d’un mètre de large et autant de profondeur. Le tout n’était pas de nature à en imposer à un assaillant résolu, même en supposant que le barrage était renforcé par des pièces de bois solidement enchevêtrées. L’intérieur de la partie ajoutée était compartimenté. Un chemin venant en droite ligne d’Aleyrac aboutissait à l’entrée du retranchement. Tout près de là, sa pente légèrement déclive, du côté gauche, était corrigée par un petit talus pour prévenir la “verse“ des chariots. A mi-distance, entre Alayrac et le retranchement, le chemin rasait un “clapas“ carré, ruines d’un ouvrage avancé de défense. Une tranchée, du milieu d’un côté jusqu’au centre, n’a donné aucun résultat. »

Jean Arnal évoque un document de 1371 dans lequel on cite « le château supérieur de Peyreleau ». Il s’interroge sur sa situation et dit « S’agit-il d’un autre château qui pourrait se trouver sur une hauteur dominant Peyreleau ? Dans ce cas, il peut s’agir des restes de fortification, établie sur le promontoire de Montaigu qui domine toute la vallée et Peyreleau, mais cela ressemble davantage à un cap barré qu’à une fortification susceptible d’être un château » (Les châteaux des gorges du Tarn, Journal de Millau, 15 avril 1999).

A 150 mètres de l’enceinte, se trouve un énigmatique tas de pierres carré mesurant 18 mètres x 8 x 1 m. de hauteur et qui faisait probablement partie du système. Albert Carrière s’interroge : « Est-ce les ruines du mas de Montaigu dont parle la charte de la fondation du prieuré du Rozier ? Des vestiges d’un chemin venant d’Aleyrac sont encore visibles et figurent sur le plan cadastral » (notes sur les Gorges de la Jonte, Journal de l’Aveyron, 15 août 1920). C’est certain, à 400 mètres au nord d’Aleyrac et près du Cap barré s’étendait le village de Montaigu. Maints clapas couvrent certainement des vestiges de ses habitations. La charte de fondation du monastère du Rozier mentionne le village Montaigu parmi les donations qui lui sont faites (1075).

Nous connaissons un chapitre de son histoire, d’après les archives de M. Layral, notaire à Millau : « En 1365, Jean d’Armagnac préparait secrètement le soulèvement contre les Anglais qui en avaient pris possession. En 1361, en vertu des clauses du traité de Brétigny, il incitait son parent et ami le comte de Fézenzaguet, vicomte de Creissels à ordonner aux communautés de ses terres, de fortifier certaines positions. Le sénéchal du Rouergue, pour les Anglais, en eut vent et enjoignit au châtelain de Millau de défendre aux dites communautés d’exécuter pareils travaux dont le but n’était pas douteux. En conséquence, le 7 mai 1365, Pons de Nogaret fit défense d’exécuter des travaux de ce genre sur le puech de Montaigu, juridiction de Montméjean dans la vicomté de Creissels. Pons de Nogaret se présente devant la communauté de Lapanouse de Cernon convoquée à cet effet sur la place de l’Eglise et lui défend de creuser des fossés, de construire des murs, d’édifier des abris… même défense à la communauté de Saint-Rome-de-Cernon sur le puech de las Graule sur, ou près du lieu où sont exécutés les travaux. » La carte IGN désigne le lieu sous le nom de « Pic de Montaigut ». Ce point de vue remarquable fut un poste d’observation durant la Seconde Guerre mondiale. André Arnal ajoute : « Il y avait un poste de DCA installé là haut » (Visite de Peyreleau, 14 juillet 2017).

Par la suite il y eut un relais de télévision jusque dans les années 1960. Depuis, une croix en bois mesurant 3,50 m de hauteur, simplicité de deux poutres croisées, domine le lieu.

Marc Parguel

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