Malgré quelques jours de neige, l’hiver doux reste propice à la prolifération de la larve du papillon de nuit connue sous le nom de chenille processionnaire. Celle-ci est devenue un véritable fléau gagnant en altitude et en latitude un peu plus chaque année. Sa présence est facilement repérable par les cocons de soie blanche qu’elle tisse sur les branches.

C’est surtout au printemps que ces chenilles se réveillent et migrent en procession, descendant de l’arbre et se déplaçant ensuite en file indienne (10 à 15 chenilles) sur des centaines de mètres pour s’enfouir dans le sol afin de devenir des papillons, pour ensuite retourner coloniser les arbres. Jean Henri Fabre (1823-1915) dans ses souvenirs entomologiques nous fait un état des lieux : « Mars venu, les chenilles ne cessent de processionner… elles vont à la recherche de l’emplacement réclamé par la prochaine métamorphose. C’est l’ultime exode, l’abandon définitif du nid et du pin. Les pèlerines sont bien fanées, blanchâtres avec un peu de poils roux sur le dos » (Serie VI, chapitre 22).

C’est alors que les poils sont les plus urticants et allergènes. 600 000 poils urticants microscopiques sont projetés en l’air comme des harpons dès qu’elles se sentent agressées. Les premières victimes sont les chiens, qui à cause de ces poils urticants subissent de sévères lésions sur la langue. Rarement mortelles, mais extrêmement douloureuses, elles peuvent conduire à des nécroses entraînant une perte d’une partie de la langue de l’animal. Celui-ci, abattu par la douleur, ne mange plus et salive beaucoup.

Mais les humains aussi ont a souffrir des poils urticants : apparition dans les huit heures d’une éruption douloureuse avec de sévères démangeaisons. Si contact avec les yeux, conjonctive possible. Les poils urticants irritent aussi les voies respiratoires. Les plus sensibles risquent même un choc anaphylactique.

Un pin en sursis sur le Causse Noir.

Le Causse du Larzac a été particulièrement touché en 2015 autour de la Couvertoirade, puis le Causse Noir où l’année dernière la deuxième édition du Duathlon a dû être annulée en avril au Cade. Plusieurs classes scolaires ont également été attaquées par ces chenilles urticantes lors de sorties.

A priori, cette espèce invasive s’est déplacée à cause du réchauffement climatique.
Ses dégâts sont considérables aussi bien sur la santé que pour l’environnement naturel. Une colonie de chenilles se nourrit de deux kilos d’aiguilles de pin durant sa vie, cinq colonies peuvent défolier un pin de vingt ans. Aussi, tous ces pins dont les aiguilles ont été rongées, donnent en lisière de forêt, un aspect roussi.

Les solutions pour éradiquer les chenilles sont en hiver, placer des sacs spéciaux sur les troncs pour piéger les chenilles qui descendent en procession. En été, installer des pièges à phéromones pour capturer les papillons mâles et limiter le nombre de chenilles à venir.

Danielle Vergonnier lors des vœux municipaux à Saint-André-de-Vézines en janvier dernier, évoquait la possibilité d’installer des nichoirs spécifiques pour les mésanges. Un couple peut en effet ingérer jusqu’à 500 chenilles par jour, soit trois nids.

La méthode la plus radicale serait celle dont parle le célèbre entomologiste Jean Henri Fabre : « Le garde forestier de ma commune me dit que l’usage est d’aller d’un pin à l’autre avec un sécateur emmanché d’une longue perche, et d’abattre les nids pour les brûler après. La méthode est pénible, car les bourses de soie se trouvent souvent à des hauteurs considérables. De plus, elle n’est pas sans danger. Atteints par la poussière pileuse, les émondeurs ne tardent pas à éprouver d’intolérables démangeaisons, agaçant supplice qui fait refuses la continuation du travail. A mon avis, il serait mieux d’opérer avant l’apparition des bourses. » (Souvenirs entomologiques, série VI, chapitre 22).

Entre le 28 novembre et le 1er décembre 2017, l’Hospitalet-du-Larzac, en partenariat avec l’Institut national de la recherche agronomique, a expérimenté un nouveau moyen de lutter contre cette chenille processionnaire du pin. Afin d’éradiquer ces nuisibles parasites, un insecticide biologique, complètement inoffensif pour l’être humain (bacilius thuringiensis) a été pulvérisé à l’aide d’un drone. Ce procédé inédit a permis un traitement plus ciblé que les épandages par hélicoptères interdits. Le produit est projeté à cinquante centimètres au-dessus de la cime des arbres, directement sur le nid des larves. Vingt hectares de forêt ont été traités durant les quatre jours (Bulletin municipal).