Comme il l’avait déjà laissé entendre, le Kollectif Karnaval s’est réuni ce matin sur les marches de l’Hôtel de Ville pour faire part à la population de sa volonté de proclamer l’indépendance de la république de Millau, qui sera célébrée, rappelons-le,  lors du gigantesque défilé carnavalesque du samedi 17 mars, à partir de 16h30.

La Fanfare de la Garde républicaine de l’Echo des Avens a joué notre nouveau hymne national.

Nous reproduisons ici la Déclaration d’Indépendance de la République de Millau.

« Citoyens, citoyennes !

En 1185, Alphonse 1er, roi d’Aragon, donne en apanage à son fils le comté de Provence et la vicomté de Millau.

En 1187, il confirme par charte les privilèges de la ville de Millau et notamment le Consulat et donne à la ville le droit de porter les armes d’Aragon. Cette charte est désignée sur les vieux inventaires par la mention suivante : « Consessio del sagel et de la banieyra », concession du sceau et de la bannière. Voilà pourquoi la ville de Millau a pour armoiries un écu d’or à quatre pals de gueule (et pas une gueule de cul à quatre poils d’or).

Quand la vicomté fut rattachée à la Couronne de France, la ville de Millau surmonta ses armoiries d’un chef d’azur à trois fleurs de lys d’or. La ville porte donc les couleurs de l’Aragon et de la France, dont elle aurait légitimement dû devenir la capitale.

Las ! Les intrigues du pouvoir royal capétien, les tourmentes révolutionnaires, la mégalomanie impériale napoléonienne, le fracas des guerres civiles européennes, les prédations des colonisations et de la mondialisation ultralibérale… sont passés par là et en ont décidé autrement. Les tyrans de toutes les époques ont comploté pour que Millau n’accède pas à la gloire qui lui était destinée.

Le coup de grâce a été la construction d’un viaduc destiné à éviter les bouchons, privant les commerçants de notre ville des substantiels bénéfices qui contribuaient au maintien de sa splendeur.

Voici 18 ans que le Kollectif Karnaval tire chaque année la sonnette d’alarme en dénonçant sans répit, avec le soutien de la municipalité, les maux et les humiliations qui frappent notre communauté depuis huit siècles et demi. C’en est trop !

C’est pourquoi, en ce jour qui fera date dans l’histoire de la cité gantière, nous, représentants plénipotentiaires bientôt légitimés par la liesse populaire carnavalesque du 17 mars 2018, proclamons unilatéralement l’Indépendance de la République de Millau et de ses quinze communes, de Veyreau à Saint-Georges et de Comprégnac à Peyreleau. En effet, nous ne pouvons pas exclure du champ de cette déclaration les peuplades primitives de notre obscure périphérie, auxquelles notre cité apporte depuis la nuit des temps les lumières de la civilisation.

Les Millavois sont appelés à venir en rouge et jaune, samedi 17 mars à partir de 16h30, pour participer au Carnaval de Millau.

Nous invitons, pour ce faire et afin de symboliser notre détermination, les Millavois patriotes et éclairés à pavoiser les bacons de notre radieuse et illustre cité aux couleurs sang et or, et à arborer dans leurs tenues d’apparat ces mêmes couleurs pendant le glorieux cortège qui se rassemblera place du Mandarous le 17 mars à 16h30 pour célébrer la Victoire en défilant jusqu’au Parc éponyme.

Dans un geste révolutionnaire rappelant de bons moments aux nostalgiques de l’invention du Docteur Guillotin, nous ordonnons que notre drapeau républicain se sépare de l’infamie de son chef fleur-de-lysé, symbole de l’oppression révolue d’un absolutisme monarchique détesté.

Notre nouvelle devise sera ainsi : « Dégueule et Dort », euh non, « De Gueule et d’Or », voilà, car si la parole est d’argent, le Millavois a de la gueule, et ne se cache pas d’aimer l’or.

Pour finir, nous décrétons que « Oh Qu’es Poulit Milhau » sera l’hymne officiel de notre nouvelle Nation, que nous demandons à la Fanfare de la Garde républicaine de l’Echo des Avens d’exécuter (c’est le mot…) sur-le-champ.

Vive Millau ! Vive la République ! »

Un officiant armé d’une grosse paire de ciseaux a brandi l’écusson de la ville et l’a découpé pour en détacher la bande supérieure honnie.